« Zéro petites bonnes en 2010 ? »

 

«Inadmissible». C'est ainsi que Nouzha Skalli, ministre du Développement social, qualifie l'emploi des fillettes comme petites bonnes.

«Je n'aime d'ailleurs pas ce terme de « petites bonne » et il est honteux que le Maroc du 21ème siècle connaisse toujours ce genre de phénomène en contradiction avec les droits humains». Sa révolte, elle la transforme en énergie pour élaborer toute une stratégie contre le travail des petites bonnes, une appellation communément admise qu'elle préfère changer par «petites filles en situation de travail».

Le but que se fixe la ministre est plutôt ambitieux : « 2010 : Un Maroc sans petites bonnes».

L'échéance est très proche. Il est possible de mettre un terme à ce type de travail, mais cela dépend étroitement de la collaboration d'un ensemble de partenaires. La stratégie se focalise sur deux axes principaux.

Le premier est de construire un arsenal juridique plus consistant; visant essentiellement la protection des fillettes en situation de travail. Un projet fixe l'âge minimum pour le travail domestique à 15 ans révolus et sanctionne l'emploi des enfants. Mais, les sanctions prévues restent très peu dissuasives puisqu'elles ne sont que d'ordre financier. Il faut réfléchir à une loi beaucoup plus dissuasive étant donné que l'objectif est de bannir définitivement le travail des petites filles comme domestiques. C'est une orientation autour de laquelle doivent converger de nombreux acteurs travaillant dans le domaine de la protection de l'enfant et qui permettra aussi de réaliser les objectifs de scolarisation de l'ensemble des enfants au Maroc.

Autre priorité : la sensibilisation des citoyens, mais aussi des partenaires. On ne peut pas atteindre l'objectif de la généralisation de l'enseignement si on n'arrive pas à éradiquer d'abord le travail des enfants, dont ces fillettes.

Au Maroc, environ 600’000 enfants de 7 à 14 ans travaillent. Sur ce total, pas moins de 66’000 fillettes sont employées comme domestiques. Le peu d'enquêtes menées sur ce problème ont montré que plus de 22'940 filles de 12 à 18 ans travaillent comme domestiques à Casablanca uniquement.

Le département du Développement social poursuit ainsi son programme baptisé «Inqad», lancé en 2007, pour accélérer la lutte contre le travail domestique des petites filles. Des spots télévisés et des messages radiophoniques destinés aux parents, aux employeurs et aux intermédiaires y ont fait suite au début de l'année dernière [2007, NDLR]. Une deuxième campagne de lutte contre le travail domestique sera organisée en décembre 2008.

Cette campagne sera placée dans le cadre d'une stratégie globale en vue de réaliser les objectifs tracés. Parmi ceux-ci, la lutte contre toutes les formes clandestines de traite des enfants et les réseaux des samsara, qui sont impliqués dans le travail domestique des petites filles. Il est également question d'élaborer un partenariat avec les associations oeuvrant dans le domaine de la protection des enfants à l'égard du travail, en vue de coordonner les stratégies et de leur apporter un soutien humain et matériel. Les employeurs potentiels, les parents et les enseignants seront les premières cibles de cette campagne, en guise de mesure préventive contre le travail des petites filles et de lutte contre les cas existants.

L'école est fautive !

C'est en gros le résultat auquel a abouti une étude effectuée par le programme Adros que financent les Etats-Unis au Maroc. Cette enquête, dont les résultats seront présentés décembre prochain, a été menée auprès de 14’000 enfants et 8’000 parents au cours des six derniers mois [mai à octobre 2008, NDLR]. Marrakech, El Haouz, Chichaoua, Kelâat Sraghna, Taza et Chaouen ont été la cible de cette étude, qui a nécessité une enveloppe estimée à un demi million de dirhams [environ 66'255.- CHF, NDLR].

Les parents sont tout à fait conscients de l'intérêt de l'école et malgré leur misère, prêts à se sacrifier pour cela. Mais le problème se trouve du côté de l'éducation nationale», déclare Lahcen Haddad, directeur du programme. Pour ce dernier, c'est l'école qui rejette ces élèves pour différentes raisons, dont le coût des fournitures scolaires et la difficulté d'accès, faute de transport.

 CT

 

Source: adaptation de l'article de Leïla Hallaoui, www.yabiladi.com, Source: Le Soir Echos, 29.10.2008