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Aperçu sur les Berbères |
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Les "hommes libres" Tamazgha ou la Berbérie est le pays des Imazighens (Berbères) qui s'étend de l'est depuis l'oasis de Siwa en Egypte aux îles Canaries à l'ouest en passant par la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, sans oublier au sud le Mali, le Niger et une partie de Burkina-Faso où des Touaregs (qui sont aussi des berbères) vivent encore. Le terme "berbère" provient du grec "barbarus" ("barbari" au pluriel) repris par les Romains pour désigner tous les peuples qui ne font pas partie de la civilisation grecque ou romaine mais les berbères se donnent pour eux-mêmes le nom d'Imazighen, pluriel d'Amazigh, qui signifie "homme libre".
Les Imazighen parlent la langue tamazight constituée de plusieurs dialectes éparpillés le long de l'Afrique du Nord; dans le cas du Maroc, les dialectes amazighs sont tarifiyt au nord, tamazight au centre et tasousiyet (ou tachlehit) au sud. Si la langue tamazight est un véhicule essentiel de la culture et de la civilisation amazighes, il n'en demeure pas moins que l'oralité est la caractéristique essentielle de la littérature et de la culture amazighes même si elles possèdent un système d'écriture vieux de plus de 2000 ans. Il s'agit du tifinagh (ou alphabet lybico-berbère) toujours utilisé par les Touaregs.
Dès la fin du 19ème siècle, les précurseurs du passage de l'oral à l'écrit se renforcent; ce sont les premiers instituteurs kabyles comme Boulifa qui ont inauguré cette dynamique qui va se poursuivre à des degrés différents le siècle suivant. Pour plus d'informations sur le tamazight et le tifinagh, cliquez ici.
La place de la langue berbère Les Imazighen ont toujours été jaloux de leur liberté et de leur indépendance; ainsi ont-ils livré des guerres de résistance contre toutes sortes d'envahisseurs depuis les Phéniciens, en passant par les Romains, les Vandales, les Arabes, les Ottomans, les Français et les Espagnols. Les livres d'histoire sont toujours témoins de ces épopées de résistance qui ont inscrit dans les annales une liste de noms célèbres tels que Jugurtha, Tacfarinas, Massinissa, Hannibal, Abdelkrim Elkhattabi, Assou Oubaslam, Moha Ouhemmou Azayyi... Cette dialectique d'invasion et de libération avait sans doute des retombées sur le statut de la langue amazighe et sa place dans la société. Pour une description plus détaillée de Jugurtha, cliquez ici. Pour une description plus détaillée de Massinissa, cliquez ici. Pour une description plus détaillée d'Abdelkrim Elkhattabi, cliquez ici.
Cette spécificité historique relative à la place de la langue berbère dans le champ symbolique de l'Afrique du Nord fait d'elle une langue de la vie quotidienne et la langue de la culture vécue alors que la langue de l'envahisseur (le latin, l'arabe, etc) est la langue dominante au niveau de l'administration, c'est-à-dire la langue de la culture savante. Ce bilinguisme n'exclut pas la participation des Berbères à la culture et à la pensée universelles ni leur apport à toutes les civilisations humaines et surtout méditerranéennes. Le Berbère est resté ouvert et a su apporter son empreinte, voire sa contribution importante, à la civilisation humaine. Les écrivains berbères En fait, beaucoup d'écrivains d'expression latine ne sont que des Berbères ayant écrit en latin, alors langue de l'occupant romain, et dont les œuvres sont ancrées dans la culture et la mentalité berbères. Tout le monde connaît Saint-Augustin, professeur de rhétorique dans sa ville natale Tagaste, en Numidie, où il est né en 354, et qui a également enseigné à Carthage, Rome et Milan. "Confessions", "La cité de Dieu" et "Les Lettres" sont ses œuvres maîtresses où l'on retrouve un christianisme ancré dans les valeurs de fraternité et de liberté. Pour une description plus détaillée de Saint-Augustin, cliquez ici.
Il fut l'un des piliers de l'église chrétienne officielle. Cela lui a valu l'inimitié d'un autre Berbère chrétien Saint-Donat qui avait choisi de défendre les paysans en procédant à une autre lecture du christianisme nord africain. On ne peut pas oublier au passage deux grands écrivains berbères a l'époque où les premiers chrétiens étaient persécutés et où le christianisme avait servi de matrice de résistance contre l'empire romain. Il s'agit bien de Tertullien, né en 155, qui écrivit "Apologeticus" qui fut l'un des piliers de la littérature chrétienne traitant des problèmes moraux à la lumière du dogme. Il incitait les gens à renoncer au service militaire dans l'armée romaine. L'autre écrivain est Arnobe, auteur de "Adversus nationes", livre écrit contre les païens et le paganisme qui lui a valu d'être l'un des pères de l'église chrétienne. On ne peut pas, par ailleurs, évoquer la littérature latine sans parler de deux autres grands écrivains berbères de l'époque païenne: - Térence ou Terentius Afer (185-159 AC), érudit en langue latine et grecque, qui a ecrit six pièces de théâtre dont "Fratres", "Meus carnifex", "Eunuchus", et reçu beaucoup de prix. Il était surtout très connu pour sa célèbre parole: "Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger."
- Apuleius ou Apulée (Afulay en berbère), né en Numidie en 125, a fait ses études à Athènes. Il écrivit un livre sur la magie, "Magicae", après quoi il mit au monde l'un des grands livres de l'Antiquité, "Les Métamorphoses": onze livres où l'auteur décrit les conditions sociales avec dérision et parfois les critique violemment; il y avait abordé indirectement des thématiques philosophiques en mettant en relief sa propre mystique et son penchant pour les religions orientales, surtout pharaonique (Isis, Esi). Il est à rappeler que "L’Ane d’or" (en berbère Asnus n wurgh) d'Apulée est le premier roman de l’Antiquité. Pour une description plus détaillée d'Apulée, cliquez ici. L'une des figures emblématiques de cette période fut le roi de Mauritanie Juba II, connu des Grecs et des Romains en tant que savant, artiste et homme de lettres. Il fut à l’origine de la découverte de l’euphorbe (en berbère Tanaghut), une plante médicinale, à laquelle il a donné ce nom qui était celui de son médecin personnel. Il écrivit un traité sur son pays natal berbère, intitulé "Libuca", en trois volumes contenant géographie, histoire naturelle, mythologie et croyances de toutes sortes. Ses manuscrits furent autant de références pour plusieurs historiens grecs, tels que Tite-Live, Alexandre de Milet ou Diodore de Sicile. Pline l'Ancien qui le citait dans ses livres dit de lui "qu’il était encore plus connu pour son savoir que pour son règne". Les Grecs lui érigèrent une statue près de la bibliothèque du gymnase de Ptolémée à Pausanias. Son règne fut marqué par son sens de la démocratie et l'attention qu'il eut pour son peuple. Pour une description plus détaillée de Juba II, cliquez ici.
Juba II A l'époque (romaine) chrétienne, les Berbères ont toujours su conserver leur identité, langue et civilisation tout en apportant leur contribution à cette civilisation à plusieurs niveaux. Le même phénomène se confirme à l'époque berbéro-musulmane avec le grand historien et sociologue berbère Ibn Khaldoun qui écrivit "Prolégomènes" ainsi qu'avec des philosophes tels que Averroès et Maïmonide et des grammairiens comme Ajerroumi. C'est un autre sujet sur le quel nous reviendrons.
La langue comme prise de conscience Le développement actuel des médias et des technologies de l'information, la prise de conscience de l'importance de la culture et de l'identité comme matrice de développement des sociétés en voie de développement et surtout des peuples en danger à l'époque de la globalisation ont pour conséquence que les Berbères écrivent en leur propre langue comme acte de prise de conscience identitaire et d'engagement dans l'Histoire; une langue qui n'est, certes, pas encore reconnue officiellement et qui est menacée par les politiques linguistiques et culturelles en place menées par les Etats nord-africains. Pourtant, les Berbères continuent, d'une part, le travail de lutte et de sauvegarde de leur langue et civilisation (écriture et autres supports) et, d'autre part, l'enrichissement de la culture et civilisation humaines dans son expression berbère, française, arabe ou autre comme ils l'ont fait par le passé… MT
Références bibliographiques: * Brunnel, Pierre & Jouanny, Robert. Les grands écrivains du monde, Paris, F. Nathan, 1976. * Guernier Eugène. L'apport de la Berbérie, in L'apport de l'Afrique à la pensée humaine, Payot, Paris, 1952.
Sources des illustrations: Carte de la Berbérie: www.monde-diplomatique.fr/cartes/berberes (Ph. Rekacewicz et Y. Jardin, Le monde diplomatique, 1994 Jugurtha: siiyahiainterface.ifrance.com; Massinissa: en.wikipedia.org; Hannibal: www.gap.ien.05.ac-aix-marseille.fr; Abdelkrim Elkhattabi: www.sebtamlilya.net; Saint-Augustin: pegasus.over-blog.com; Saint-Donat: proculaire.ifrance.com; Tertullien: fr.wikipedia.org; Térence: ancienthistory.about.com; Apulée: remacle.org; Juba II: www.cndp.fr; Ibn Khaldoun: www.amazighworld.org; Averroès: www.j-fdeperetti.com; Maïmonide: www.terredisrael.com.
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