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Plan
La présente charte se compose de deux parties
complémentaires.
La première énonce les principes fondamentaux
qui comprennent les fondements constants du système d'éducation et de
formation, ses grandes finalités, les droits et devoirs des différents
partenaires et la mobilisation nationale nécessaire pour la réussite de la
réforme.
La deuxième partie regroupe six espaces de
rénovation comprenant dix neuf leviers de changement :
-
l'extension de l'enseignement et son ancrage
à l'environnement économique ;
-
l'organisation pédagogique ;
-
l'amélioration de la qualité de l'éducation
et de la formation ;
-
les ressources humaines ;
-
la gouvernance ;
-
le partenariat et le financement.
Tant en ce qui concerne les principes
fondamentaux que les espaces de rénovation, l'attention a été portée sur
leur formulation afin qu'elle soit aussi claire et précise que possible, en
gardant constamment en vue la nécessité de concilier ce qui est désirable et
ce qui est faisable. Ainsi, les leviers de changement sont-ils présentés,
autant que faire se peut, sous forme de propositions pratiques, accompagnées
des voies et délais de leurs mise en oeuvre.
-
Première
partie
Principes
fondamentaux
Fondements constants
-
1. Le système éducatif du Royaume du
Maroc se fonde sur les principes et les valeurs de la foi islamique. Il
vise à former un citoyen vertueux, modèle de rectitude, de modération et
de tolérance, ouvert à la science et a la connaissance et doté de
l'esprit d'initiative, de créativité et d'entreprise.
2. Le système éducatif du Royaume du
Maroc respecte et révèle l'identité ancestrale de la Nation. Il en
manifeste les valeurs sacrées et intangibles : la foi en Dieu, l'amour
de la Patrie et l'attachement à la Monarchie Constitutionnelle.
Sur ces fondements, l'éducation
cultive les valeurs de citoyenneté qui permettent à tous de participer
pleinement aux affaires publiques et privées en parfaite connaissance
des droits et devoirs de chacun.
Le système d'éducation assure à tous
la maîtrise orale et écrite de la langue arabe, langue officielle du
pays et, complémentairement, s'ouvre à l'utilisation des langues
étrangères les plus largement utilisées dans le monde.
L'éducation s'attache aussi à développer un esprit de dialogue ; elle
apprend à accepter la différence et conduit à la pratique démocratique
dans le cadre de l'Etat de Droit.
3. Le système éducatif s'enracine dans le
patrimoine culturel du Maroc. Il respecte la variété de ses composantes
régionales qui s'enrichissent mutuellement. Il conserve et développe la
spécificité de ce patrimoine, dans ses dimensions éthiques et
culturelles.
4. Le système éducatif marocain participe
au développement général du pays, fondé sur la conciliation positive
entre la fidélité aux traditions et l'aspiration à la modernité. Il
assure une interaction dynamique entre le patrimoine culturel du Maroc
et les grands principes universels des droits de l'Homme et du respect
de sa dignité.
5. Le système d'éducation et de formation
aspire à faire avancer le pays dans la conquête de la science et dans la
maîtrise des technologies avancées. Il contribue ainsi à renforcer sa
compétitivité et son développement économique, social et humain, à une
époque caractérisée par l'ouverture sur le monde.
Finalités majeures
6. La réforme de l'éducation et de la
formation place l’apprenant, en général, et l'enfant en particulier, au
centre de la réflexion et de l'action pédagogiques. Dans cette
perspective, elle se doit d'offrir aux enfants du Maroc les conditions
nécessaires à leur éveil et à leur épanouissement.
Elle doit, en outre, mettre en place
les structures permettant aux citoyens d'apprendre toute leur vie
durant.
La réalisation de ces objectifs
nécessite la prise en compte des attentes et des besoins des enfants,
sur les plans psychique, affectif, cognitif, physique, artistique et
social ; elle exige un comportement pédagogique adéquat au sein de la
famille, à l'école, puis dans la vie active.
Partant, les éducateurs et la société en entier adoptent envers les
apprenants en général, et les enfants en particulier, une attitude
de compréhension, de guidance et d'aide à l'affermissement progressif de
leurs démarches intellectuelles et opératoires, tout au long du
processus d'apprentissage, de socialisation et d'intériorisation des
normes religieuses, civiques et sociétales.
7. Se basant sur la finalité précédente,
le système d'éducation et de formation doit s'acquitter intégralement de
ses fonctions envers les individus et la société :
a. envers les individus, en leur
offrant l'occasion d'acquérir les valeurs, les connaissances et les
habiletés qui les préparent à s'intégrer dans la vie active et leur
offre l'occasion de poursuivre leur apprentissage, chaque fois qu'ils
répondent aux conditions et détiennent les compétences requises, ainsi
que l'opportunité d'exceller et de se distinguer chaque fois que leurs
aptitudes et leurs efforts les y habilitent ;
b. envers la société, en lui
fournissant des travailleurs et des cadres qualifiés, compétents et
aptes à contribuer efficacement à la construction continue de leur
pays, sur tous les plans. De surcroît, la société est en droit
d'attendre du système d’éducation-formation qu’il prépare une élite de
savants et de hauts cadres de gestion, capables de piloter l'essor du
pays et de le conduire à gravir les échelons du progrès scientifique,
technique, économique et culturel.
8. Pour que le système d'éducation et de
formation puisse remplir ces missions avec succès, ses acteurs et
partenaires doivent converger vers, et toujours garder en vue la
formation du citoyen dont le profil est défini dans les articles
ci-dessus.
9. La nouvelle école nationale marocaine
travaille à devenir :
a. une école vivante, grâce à une
approche pédagogique fondée sur l'apprentissage actif, non la
réception passive ; la coopération, la discussion et l'effort
collectifs, non le travail individuel seul ;
b. une école ouverte sur son
environnement, grâce à une approche pédagogique fondée sur l'accueil
de la société au sein de l'école, et la sortie de l'école vers la
société avec tout ce qui peut être engendré comme bénéfice pour la
nation ; cela nécessite de tisser de nouveaux liens solides, entre
l'école et son environnement social, culturel et économique.
10. L'université doit suivre la même voie et
devenir un établissement ouvert et une locomotive de développement, dans
chaque région du pays et à l'échelle de la patrie toute entière :
a. L’université, en tant
qu’établissement ouvert, constitue un observatoire des avancées
universelles scientifiques et techniques, un lieu de convergence des
chercheurs compétents venus de toute part, un laboratoire pour la
découverte et la création, un atelier d’apprentissage des métiers
auxquels tout citoyen à l'opportunité d’accéder ou de retourner,
chaque fois qu'il satisfait aux conditions requises et détient les
compétences nécessaires ;
b. L’université, en tant que locomotive
de développement, mène des recherches fondamentales et appliquées
utiles, dans tous les domaines. Elle pourvoit l'ensemble des secteurs
en cadres compétents, à même non seulement de s'y intégrer
professionnellement, mais aussi d'y améliorer les niveaux de
productivité, de compétitivité et de qualité, afin de pouvoir
rivaliser avec ceux des pays développés.
Droits et devoirs des individus et des collectivité
11. Seront respectés, dans toutes les
prestations de services d’éducation et de formation, les principes et
les droits reconnus à l’enfant, à la femme et à l’homme, en général,
tels que les stipulent les conventions et les déclarations
internationales ratifiées par le Royaume du Maroc. Des programmes et des
sessions éducatives adéquats seront consacrés à exposer ces principes et
droits et à apprendre à les respecter et à les mettre en oeuvre.
12. Le système d’éducation et de formation
oeuvre à la concrétisation du principe de l’égalité des citoyens, de
l’égalité des chances qui leur sont offertes et du droit de tous, filles
et garçons, à l’enseignement, que ce soit en milieu rural ou en milieu
urbain, conformément à la constitution du Royaume.
13. En application des droits et principes
suscités, l’Etat s’engage à ce qui suit :
a. assurer la scolarisation à tous les
enfants marocains jusqu’à l’âge légal de travail ;
b. adapter le système d’éducation et de
formation aux besoins des individus et de la société, tels que
définis à l’article 7 ci-dessus ;
c. encourager la science, la culture et
la création, particulièrement dans les domaines ayant une portée
stratégique ;
d. assurer l’élaboration des
référentiels des programmes, et des méthodes, ainsi que des normes
d’encadrement et de qualité, à tous les niveaux et pour tous
les modes d’éducation et de formation,
e. encourager tous les acteurs
participant à l’effort d’éducation et de formation à rehausser sa
qualité et son efficacité, y compris :
* les établissements et les
universités autonomes ;
* les collectivités locales ;
* secteur privé méritant;
* les entreprises de production et
de service participant à la formation ;
* les associations spécialisées ou
intéressées au domaine de l’éducation et de la formation;
f. contrôler tous les intervenants
dans le secteur et veiller à ce qu’ils respectent les lois et
règlements en vigueur.
14. La société marocaine est en droit de
bénéficier d'un système d'éducation et de formation qui préserve et
perpétue ses fondements constants et qui réalise ses grandes finalités,
définies au début de la présente charte. La société doit, de son côté,
être mobilisée en permanence pour veiller sur l'éducation et la
formation, contribuer à consolider et élargir leur étendue et honorer
leurs acteurs, notamment ceux dont les droits et les devoirs sont
énoncés dans les articles suivants.
15. Chaque collectivité locale doit
accorder la primauté à l'éducation et à la formation, parmi les affaires
régionales ou locales dont elle s'occupe. Les conseils régionaux et
locaux doivent prendre conscience du rôle capital que joue l'éducation
et la formation, pour préparer les jeunes à la vie active et productive,
au profit de la région ou de la commune ; ils doivent donner aux parents
ou tuteurs des apprenants l'espoir et la confiance en l'avenir de leur
progéniture et, partant, les motiver pour se donner entièrement au
travail afin de stimuler l'essor de leur région ou localité.
Partant de cette prise de
conscience, les collectivités locales auront à s'acquitter des devoirs
de partenariat avec l'Etat et à contribuer, à son côté, dans l'effort
d’éducation et de formation. Elles participeront à la prise en charge
des coûts inhérents à la généralisation et à l'amélioration de la
qualité de l'enseignement. Elles s’impliqueront dans la gestion
éducative comme le stipule la présente charte.
Les collectivités locales ont sur l'Etat
le droit d'orientation et d'encadrement; elles bénéficient
d'attributions décentralisées et déconcentrées, et d'un soutien
financier, dans des proportions qui leur permettent de s'acquitter
dûment de leurs devoirs de façon optimale.
Les collectivités locales ont
également sur les bénéficiaires et les acteurs de l'éducation et de la
formation le droit à l'aide volontaire, au dévouement dans le travail et
à une sollicitude maximale, portée aux établissements d'éducation-formation
régionaux et communaux.
16. Les parents et les tuteurs des
élèves doivent être conscients que l'éducation n'est pas uniquement la
responsabilité de l'école et qu'elle est d'abord celle de la cellule
familiale en tant qu'institution éducative primordiale, qui influe
considérablement sur l'éducation de l'enfant et conditionne sa
préparation à une scolarisation réussie, et conditionne sa progression
dans les études et, ultérieurement, dans la vie professionnelle.
Les parents et les tuteurs ont envers
les institutions scolaires le devoir d'aide et de participation à la
gestion et à l'évaluation, comme le stipulent les dispositions de la
présente charte.
Les associations des parents
d'élèves, en particulier, ont le devoir d'assurer, en leur sein, la
transparence, la démocratie et le sérieux dans l'organisation,
l'élection et la gestion ; elles doivent élargir la base de leur
représentativité, dans le but de devenir des interlocuteurs et des
partenaires crédibles et utiles, dans la gestion, l'entretien et
l'évaluation des établissements éducatifs.
Les parents et les tuteurs ont comme
droits sur l'Etat, les collectivités locales, les enseignants et les
administrateurs ce que ces parties ont comme devoirs.
17. Les éducateurs et les enseignants
attendent légitimement des apprenants, de leurs parents ou tuteurs et de
la société dans son ensemble, le droit d'être honorés et de voir leur
noble mission tenue en haute estime. Ils ont droit à une attention
effective portée à leurs conditions de travail et à leur situation
sociale, conformément à la présente charte.
Les enseignants ont le droit de
bénéficier d'une formation initiale solide et d’opportunités de
formation continue, leur permettant de rehausser continuellement le
niveau de leur pratique éducative et d'accomplir au mieux leurs
missions.
Les éducateurs et enseignants
assument les devoirs et responsabilités inhérents à leur mission dont,
notamment ceux-ci :
* placer l'intérêt des apprenants
au-dessus de toute considération ;
* donner aux apprenants le bon
exemple de conduite, de tenue, de persévérance dans la quête de la
connaissance, de curiosité intellectuelle et d'esprit critique et
constructif ;
* suivre une formation continue à
long terme
* se conformer à l'objectivité, et à
l'équité dans les évaluations et les examens, et traiter tous leurs
élèves sur le même pied d'égalité ;
* fournir aux parents ou tueurs
d'élèves mineurs les informations utiles, pour leur permettre de
s’acquitter convenablement de leurs devoirs cités à l'article 16
ci-dessus et leur communiquer toute donnée relative à la scolarité de
leurs enfants.
18. Les responsables de la gestion des
établissements éducatifs et des administrations concernées bénéficient
des mêmes droits que les éducateurs et ont, à leur instar, les mêmes
devoirs dont, essentiellement, ceux-ci :
* prendre soin des établissements sur
tous les plans ;
* faire preuve d'attention et de
compréhension envers les problèmes des apprenants, des éducateurs et
des enseignants et rechercher les solutions possibles à ces problèmes
;
* suivre et évaluer équitablement la
performance de tous
* dialoguer et se concerter avec les
enseignants, les parents et les partenaires de l'établissement ;
* gérer les ressources de
l'établissement avec transparence et efficacité et veiller à
l'implication effective, régulière et fructueuse des instances de
gestion créées en vertu de la présente charte.
19. Les élèves et les étudiants ont sur
leurs familles, leurs enseignants, les collectivités dont ils relèvent,
la société et l'Etat, des droits correspondants aux devoirs de ces
parties, cités clans les articles ci-dessus ; s'y ajoutent leurs droits
à :
* ne pas subir de mauvais
traitements ;
* participer à la vie de
l'établissement ;
* recevoir l'appui nécessaire dans
leur orientation scolaire et professionnelle.
Les élèves et les étudiants
assument les devoirs suivants :
* s'appliquer dans l'apprentissage et
s'acquitter convenablement des devoirs scolaires ;
* passer les examens avec dignité,
discipline, sérieux et honnêteté, de façon à stimuler la compétition
loyale ;
* être assidus, disciplinés et se
conformer aux horaires, aux normes et aux règlements de la scolarité ;
* prendre soin des équipements, du
matériel et des ouvrages de référence
* pratiquer la participation active
individuelle et collective en classe et dans les activités et jeux
collectifs.
Mobilisation nationale pour la rénovation de l'école
20. La décennie 2000-2009 est déclarée
décennie nationale de l'éducation et de la formation.
21. Le secteur de l'éducation et de la
formation est érigé, en première priorité nationale, après l'intégrité
territoriale.
22. Le secteur de l'éducation et de la
formation bénéficie, en conséquence, du maximum d'aide et d'attention, à
tous les niveaux de l'Etat, des collectivités régionales et locales, des
établissements d'éducation et de formation eux-mêmes et de l'ensemble
des acteurs et partenaires concernés, et ce, sur tous les aspects de la
planification, de la réalisation, du suivi, de l'évaluation et de
l'ajustement, conformément aux responsabilités et aux rôles définis dans
la présente charte.
23. La réforme du système de l'éducation et
de la formation exige un travail de longue haleine qui s'intègre dans le
processus historique du développement et du progrès du pays. Elle
nécessite rigueur et persévérance, en vue d'atteindre les finalités
tracées. Toutes les forces vives du pays : gouvernement, parlement,
collectivités locales, partis politiques, organisations syndicales et
professionnelles, associations, administrations territoriales, oulama,
personnalités scientifiques, intellectuelles et artistiques, doivent
s'associer aux intervenants du système éducatif pour participer à
l'effort collectif, afin de concrétiser les objectifs de la réforme de
l'éducation et de la formation, en plaçant les intérêts supérieurs de la
Nation dans ce secteur vital au-dessus de toute considération,
conformément à la présente charte.
Deuxième partie
Espaces de rénovation et leviers de changement
Espace 1 : L'extension de l'enseignement et son ancrage à
l’environnement économique
Levier 1 : Généraliser un enseignement fondamental de
qualité dans une école plurielle
24. Au sens de la présente charte, le
système d'éducation et de formation comprend l'enseignement préscolaire,
l'enseignement primaire, l'enseignement collégial, l'enseignement
secondaire, l'enseignement supérieur et l'enseignement originel. Par la
généralisation de l'enseignement, il faut entendre la généralisation
d'une éducation de qualité à tous les enfants et jeunes du Maroc, au
préscolaire, de l'âge de quatre à six ans, et au primaire et au
collégial, de l'âge de six à quinze ans.
25. Au cours de la décennie nationale de
l'éducation et de la formation, proclamée en vertu de la présente
charte, les autorités compétentes veilleront à relever le défi de la
généralisation des enseignements préscolaire, primaire et collégial qui
bénéficieront (le la priorité totale, sur toute l'étendue du territoire
du Royaume ; cet effort sera lié à la promotion de la qualité et à
l'adaptation aux besoins des individus, ainsi qu'aux réalités et aux
exigences de la vie. Une attention particulière sera accordée à la
scolarisation de la fille en milieu rural. Les dites autorités agiront,
à ces fins, en étroite collaboration avec les acteurs de l'éducation et
les partenaires, parmi les administrations publiques, les collectivités
régionales et locales, les organisations non gouvernementales et le
secteur privé.
Par la promotion de la qualité de
l'enseignement, concomitante de sa généralisation, il faut entendre la
prise en considération et la traduction dans les faits de l'ensemble des
orientations retenues dans les différents leviers inclus dans la
présente charte et, particulièrement, la restructuration des cycles
d'enseignement préscolaire, primaire et collégial, l'intégration
graduelle de l'éducation préscolaire, l'amélioration des curricula, des
méthodes pédagogiques, de l'évaluation et de l'orientation, la
réhabilitation de l'école, ainsi que le renforcement et le
perfectionnement de l'enseignement des langues.
26. Le caractère obligatoire de
l'enseignement de l'âge de six ans à celui de quinze ans révolus,
progresse au fur et à mesure de la mise en place des structures et des
conditions pédagogiques à même de donner à cette obligation sa
signification pratique. La force exécutoire de cette obligation,
partout où les conditions objectives seront remplies, sera associée à
l'attraction et à la motivation morale des élèves et de leurs parents ou
tuteurs, sans s'en tenir aux seuls moyens de coercition légitime.
27. Tous les efforts seront déployés pour
attirer les apprenants et faire en sorte que leur scolarité évolue de
manière continue, durable et réussie, et que soient progressivement
jugulés la déperdition, l'échec scolaire ou la poursuite factice ou
intermittente des études. Parmi les dispositions visant à attirer les
élèves, les motiver et les aider à réussir figurent la proximité de
l'école de son bassin de recrutement, conformément à l'article 160 de la
présente charte et la mise en oeuvre des orientations prévues aux
articles 139 à 143 relatifs à l'amélioration des conditions sociales des
élèves et 138 relatif à la motivation des enseignants.
28. Le calendrier de généralisation de
l'enseignement est fixé comme suit :
a. A partir de la rentrée scolaire de
septembre 2002, tout enfant marocain, âgé de six ans révolus, doit
pouvoir trouver une place pédagogique en première année de l'école
primaire la plus proche du lieu de résidence de ses parents, en
adaptant spécialement l'école aux conditions particulières du milieu
rural, conformément aux dispositions de l'article 29 de la présente
charte.
b. A l'horizon 2004, l'inscription en
première année du préscolaire sera généralisée. Le soutien financier
de l'Etat dans ce domaine se focalisera sur les zones rurales et
périurbaines et, de manière générale, sur les zones de peuplement
défavorisées.
c. Aux horizons ci-après, les élèves
inscrits en première année du primaire parviendront :
* en fin d'école primaire, pour 90
% d'entre eux en 2005 ;
* en fin d'école collégiale, pour
80 % d'entre eux en 2008
* en fin d'enseignement secondaire
(y compris la formation professionnelle et technologique,
l'apprentissage et la formation alternée), en 2011, pour 60 %
d'entre eux;
* à l'obtention du baccalauréat,
pour 40 % d'entre eux, en 2011.
d. La réalisation de ces objectifs
quantitatifs ne saurait être obtenue au détriment de la qualité des
enseignements.
29. Afin de faciliter la généralisation
d'un enseignement de qualité, de rapprocher l'école de ceux qui la
fréquentent et d'intégrer celle-ci à son environnement immédiat, les
actions suivantes seront entreprises, notamment en milieu rural et
semi-urbain :
a. faire appel, chaque fois que
possible, au partenariat avec les collectivités locales, pour qu’elles
assignent des locaux d'enseignement et en assurent la maintenance, à
charge pour l'Etat de fournir l'encadrement et les autres équipements
nécessaires ;
b. recourir, si besoin est, à la
location ou l'acquisition de locaux disponibles et pouvant être
aménagés et adaptés aux besoins de l'éducation, au cœur des douars et
des quartiers, sans attendre la réalisation de nouveaux bâtiments dont
les délais et les coûts retarderaient la scolarisation ;
c. motiver les promoteurs immobiliers,
également dans le cadre du partenariat, pour qu'ils incluent,
systématiquement, la construction d'écoles dans leurs projets
immobiliers concernant surtout les petits centres urbains intégrés au
milieu rural et les zones périurbaines;
d. s'appuyer sur les organisations non
gouvernementales compétentes en matière d'éducation, pour qu’elles
contribuent à la généralisation de l'enseignement, en se basant sur
des cahiers des charges précis ;
e. consentir un effort spécial pour
encourager la scolarisation des filles en milieu rural, en remédiant
aux difficultés qui continuent à l'entraver. Dans ce cadre, il est
impératif d'appuyer le plan de généralisation par des programmes
locaux, opérationnels, au profit des filles, en mobilisant tous les
partenaires, particulièrement les enseignants et enseignantes, les
familles et les acteurs locaux ;
f. accorder à l'école une marge de
flexibilité et d'adaptation en tant qu'école communautaire. Des
formules alternatives seront mises en oeuvre partout où les conditions
géographiques, socio-économiques et humaines des populations rendent
inadéquates l'école primaire ordinaire ;
g. traduire la pluralité de l'école
communautaire dans tous les éléments constitutifs de l'enseignement :
horaires, programmes, méthodes pédagogiques, motivation des parents,
des enfants et des éducateurs, sous condition de ne pas remettre en
cause les objectifs de la réforme du système d'éducation-formation.
30. Tous les efforts seront déployés, au
cours de la décennie nationale de l'éducation et de la formation, pour
faire passer progressivement la proportion des personnes
professionnellement qualifiées, arrivant chaque année sur le marché du
travail d'environ 20 % actuellement à au moins 50 %, à l'horizon 2010.
L'atteinte de cet objectif nécessite,
notamment :
a. l'application des dispositions des
articles 49 à 51 de la présente charte, concernant l'organisation et
l'encouragement de l'apprentissage et de la formation alternée, entre
l'école et l'entreprise, pour que:
* la formation par apprentissage
bénéficie à 1 0 000 jeunes au titre de l'année scolaire 2000 -2001
pour atteindre 50 000 jeunes à l'horizon des cinq années suivantes ;
* la formation alternée bénéficie à
1 2 000 jeunes au titre de l'année scolaire 20002001 pour atteindre
30 000 jeunes à l'horizon des cinq années suivantes.
b. une orientation plus active vers les
branches scientifiques, techniques et professionnelles, qui devront
accueillir au moins les deux tiers de la totalité des effectifs de
l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur, à l'horizon
des cinq années à venir, sur la base des dispositions pertinentes de
la présente charte.
Levier 2 : L'alphabétisation et
l'éducation non formelle
L'alphabétisation
31. La lutte contre l'analphabétisme est
considérée comme une obligation sociale de l'Etat et constitue un
facteur déterminant de mise à niveau du tissu économique, par le
rehaussement de la compétence des ressources humaines, afin
d'accompagner le développement des unités de production.
Le Maroc se fixe comme objectif de
réduire le taux global d'analphabétisme à moins de 20 % à l'horizon
2010, pour parvenir à une éradication quasi totale de ce fléau à
l'horizon 2015.
Compte tenu de la pertinence de la
stratégie fonctionnelle dans la lutte contre l'analphabétisme, un effort
systématique sera consacré à ce domaine, sur la base de la priorité
accordée aux catégories suivantes :
a. la catégorie des travailleuses et
travailleurs analphabètes, exerçant dans les secteurs de production et
pour qui la conservation de leur emploi dépend de l'amélioration de
leurs compétences et donc de leur rendement et de leur productivité
(ils représentent 50 % de la main d'oeuvre marocaine dans les secteurs
productifs) ;
b. la catégorie des adultes qui ne
possèdent pas un travail stable et régulier, surtout les mères, et
notamment celles du milieu rural et périurbain
c. la catégorie des jeunes de moins de
20 ans et qui n'ont pas eu la possibilité de fréquenter l'école ou
qui l'ont abandonnée à un âge précoce, ce qui a induit leur retour à
l'analphabétisme. Cette catégorie a besoin d'une seconde chance dans
le cadre de l'éducation non formelle.
32. La programmation des opérations
d'alphabétisation doit tenir compte des besoins propres aux catégories
suscitées, en termes de pédagogie spéciale, appropriée à leur âge et
leurs situations sociales et professionnelles. En conséquence, il sera
procédé à la mise en place de programmes spécifiques à chacune d’elles,
conçus selon une organisation, des contenus, des méthodes d'encadrement
et de communication et des plages horaires appropriés.
Les programmes d'alphabétisation
visent, dans le cadre d'une stratégie fonctionnelle, à permettre aux
bénéficiaires d'atteindre des objectifs pédagogiques et cognitifs qui
les amènent à mieux maîtriser leur travail ; ils les préparent également
à s'insérer dans des programmes de formation continue, dans le but de
rehausser le niveau de leurs compétences et habiletés professionnelles
et, de ce fait, améliorer leur productivité et leur rendement et
bénéficier des retombées positives sur leur vie personnelle, leurs
relations sociales, l'éducation de leurs enfants et la gestion de leur
vie active.
33. Afin de réaliser une opération
nationale et globale d’alphabétisation fonctionnelle, au profit de la
première catégorie susvisée à l'article 31 a (les travailleurs
analphabètes), il importe d'impliquer les employeurs, par le biais des
chambres et des associations professionnelles, aux niveaux régional et
local ; le but visé, dans Lin horizon de 10 ans, est de réduire la
proportion d'analphabétisme de cette catégorie de 50 % actuellement à
moins de 10 %, en utilisant tous les moyens disponibles en écoles,
centres et instituts, et en élaborant les manuels scolaires appropriés,
ainsi qu'en formant des enseignants et des formateurs à la pédagogie de
l'alphabétisation fonctionnelle. Les pouvoirs publics consacreront les
moyens et mettront en place les structures nécessaires à
l'accomplissement de cette mission, en coopération et en partenariat
avec les chambres et les instances professionnelles.
34. A l'intention de la catégorie des
adultes qui ne possèdent pas de travail stable et régulier, et notamment
les mères, les opérations d'alphabétisation doivent être menées en
relation avec les opérations de développement intégré, rural ou
périurbain, afin qu'elles servent d'appui aux fonctions des
bénéficiaires dans la vie active, concernant la santé reproductive, la
prévention, l'éducation des enfants et la gestion des affaires
familiales.
35. Pour faciliter la communication entre
les bénéficiaires des programmes d'alphabétisation et les motiver à la
persévérance, des bulletins d'information accessibles doivent être
publiés. Ces publications permettront à ces catégories de citoyens de
se cultiver, d'apprécier la lecture et de développer le sens de la
curiosité intellectuelle.
Sera également créée une revue
spécialisée en andragogie, pour servir de moyen de communication entre
les enseignants, les formateurs, les chercheurs et les responsables des
programmes d'alphabétisation, mettre en valeur les expériences pilotes
et faire connaître les réalisations, les difficultés rencontrées et les
moyens de les surmonter, tout en ouvrant des horizons de recherche,
d'études et d'initiatives, en tout ce qui concerne ce système éducatif
spécial.
L'éducation non formelle
36. A l'intention de la catégorie des
jeunes non scolarisés ou déscolarisés, âgés de 8 à 16 ans, un programme
national intégral d'éducation non formelle doit être mis en oeuvre
assurer leur alphabétisation, avant la fin de la décennie nationale de
l'éducation et de la formation. Cette opération doit viser
l'acquisition par ces jeunes des connaissances nécessaires et leur
offrir une deuxième chance d'insertion ou de réinsertion dans les cycles
d'éducation-formation, en mettant en place les passerelles qui leur
permettent l'accès à ces cycles, conformément aux articles 43 et 44
ci-dessous.
Cette catégorie doit bénéficier de
programmes intensifs, selon une organisation pédagogique tenant compte
de ses besoins spécifiques et réduisant les facteurs qui ont entravé la
scolarisation ou qui ont causé l'abandon précoce de l'école.
Décentralisation et partenariat dans
l'alphabétisation et l'éducation non formelle
37. A cette fin, il est également
nécessaire d'adopter une stratégie nationale cohérente, consistant à :
* renforcer les instances nationales
d'alphabétisation, chargées de la planification des programmes et de
la supervision de leur réalisation, en adoptant la déconcentration et
la décentralisation dans l'exécution et encourageant le partenariat
entre tous les intervenants locaux ;
* mobiliser les établissements d’éducation-formation,
les organisations non gouvernementales compétentes et les opérateurs
locaux, et mettre en place les crédits, les structures et les
mécanismes nécessaires à la réalisation de cette opération nationale.
Rôle de la télévision dans
l'alphabétisation et l'éducation non formelle
38. La télévision scolaire consacrera une
partie de ses programmes à l'alphabétisation, en programmant des cours
complémentaires, motivants, culturellement instructifs, et qui serviront
d'appui aux enseignants et formateurs dans leur pratique. Ce canal
devra également faire connaître les expériences pilotes réussies et
mettre en exergue les acquis et les moyens mis en oeuvre pour surmonter
les difficultés.
39. Des compétitions annuelles seront
organisées entre différentes catégories et régions, pour motiver les
bénéficiaires des programmes d'alphabétisation et ceux qui veillent à la
réalisation de ces programmes, en consacrant des prix aux réalisations
individuelles et collectives et à la création de moyens pédagogiques et
de supports audio-visuels spécifiques à l’anagogie.
Levier 3 : Adéquation du système
d'éducation et de formation à son environnement économique.
40. Tous les processus éducatifs et,
partant, toutes les institutions d'éducation et de formation, allieront
désormais à la dimension scolaire, académique ou théorique, une
dimension pratique conséquente. Ce principe sera mis en oeuvre,
progressivement par les voies, suivantes :
* renforcer les travaux manuels et les
activités pratiques à tous les niveaux de l'enseignement préscolaire,
primaire et collégial ;
* instaurer une collaboration, basée
sur le partage et l'exercice synchronisé des responsabilités, entre
les structures d'enseignement général (y compris universitaire),
d'enseignement technique et de formation professionnelle, permettant
la mise en commun et l'exploitation optimale des équipements, des
laboratoires, des ateliers et de l'encadrement disponibles,
conformément aux articles 158 et 159 de la présente charte ;
* promouvoir la coopération à grande
échelle entre les institutions éducatives et formatives et les
entreprises, les coopératives et les artisans, en milieux urbain et
rural, dans le cadre de contrats d'apprentissage et de formation
alternée, conformément aux articles 49 à 51 ci-dessous, en assurant
les conditions pédagogiques requises ;
* ouvrir les institutions d'éducation
et de formation sur le monde du travail, de la culture, de l'art, du
sport et de la recherche scientifique et technique.
Réseaux d'éducation formation
41. Les autorités d'éducation et de
formation veilleront, de manière progressive, tenant compte de la
distribution et de la capacité d'accueil des établissements, à
instaurer, aux niveaux régional et local, des réseaux d'éducation et de
formation (REF), basés sur des conventions et des règlements précis,
organisant et répartissant les activités pédagogiques, de sorte que
chaque institution fasse ce qu’elle peut faire le mieux et s'appuie sur
des institutions connexes ou voisines pour tout ce que celles-ci peuvent
mieux faire.
Ces réseaux auront fondamentalement
pour but de confier, autant que possible, les enseignements scolaires,
théoriques ou académiques, aux établissements d'enseignement général et
les travaux pratiques et technologiques aux établissements
d'enseignement technique et professionnel.
42. Les réseaux d'éducation et de
formation susvisés seront pilotés par les autorités éducatives
déconcentrées et/ou décentralisées, conformément aux articles 144 à 153
de la présente charte. Ils commenceront à être mis en place dès la
rentrée scolaire et académique 2000-2001, à titre d'expériences pilotes,
tenant compte des possibilités offertes en opérant de proche en proche
comme suit :
a. Au niveau de l'enseignement
collégial, chaque fois que possible, le collège sera relié en réseau à
un centre voisin de formation professionnelle, où à des centres
d'initiation des jeunes et d'éducation féminine. Cette connexion
visera à associer aux enseignements fondamentaux de l'école collégiale
l'acquisition de notions et de savoir-faire techniques professionnels
élémentaires, autant que possible par l'ensemble des lauréats de cet
enseignement et, a fortiori, pour ceux d'entre eux qui accéderont
directement à la vie active, en passant, le cas échéant, par un
apprentissage en entreprise.
b. Au niveau de l'enseignement
secondaire, et chaque fois que cela est possible, le lycée sera relié
en réseau à un centre de qualification professionnelle, et/ou un
institut de technologie appliquée, sur la base de la proximité
géographique et de la complémentarité scientifique et technique.
Cette connexion visera à assurer une répartition optimale des volets
théorique et pratique des enseignements dispensés aux apprenants et,
tout spécialement, à ceux d'entre eux qui s'orientent vers le cycle de
qualification professionnelle ou vers la filière du baccalauréat
d’enseignement technologique et professionnel.
c. Au niveau de l'enseignement
supérieur, l'intégration interdisciplinaire et inter-institutionnelle
pourra également se fonder, progressivement, sur des réseaux
régionaux, reliant les établissements universitaires, les grandes
écoles, les autres instituts et écoles supérieurs dispensant une
formation post-baccalauréat, selon la démarche préconisée à l'article
78 de la présente charte.
Passerelles entre l'enseignement général, la formation professionnelle et
la vie active
43. A la fin de l'enseignement collégial,
les élèves non titulaires du brevet de l'enseignement collégial peuvent
être orientés vers une spécialisation professionnelle sanctionnée par un
diplôme du même nom qui permet à son titulaire :
* soit de rejoindre le marché du
travail ;
* soit de continuer sa formation en
qualification professionnelle, généralement après un passage dans
la vie active ;
* soit encore de reprendre les études
en accédant au tronc commun de l'enseignement secondaire, conformément
à l'article 73 de la présente charte.
44. Les élèves titulaires du diplôme de
l'enseignement collégial peuvent être orientés vers une qualification
professionnelle sanctionnée par un diplôme du même nom qui permet à son
titulaire :
* soit de rejoindre le marché du
travail ;
* soit de continuer sa formation en
technologie appliquée, généralement après un passage dans la vie
active ;
* soit encore de reprendre les études
en accédant à la filière de l'enseignement technologique et
professionnel secondaire, conformément à l'article 75 b, de la
présente charte.
45. A la fin de l'enseignement secondaire,
les élèves peuvent être orientés vers une formation professionnelle
sanctionnée par un diplôme de technicien qui permet à son titulaire :
* soit de rejoindre le marché du
travail en tant que technicien ;
* soit de continuer sa formation en
technologie appliquée et spécialisée, généralement, après un passage
dans la vie active, sous réserve de satisfaire aux conditions requises
pour l'accès à la filière professionnelle concernée.
46. Les élèves titulaires du baccalauréat
technique et professionnel peuvent être orientés, soit vers
l'Université, soit vers une formation en technologie appliquée et
spécialisée sanctionnée par un diplôme de technicien spécialisé qui
permet à son titulaire :
* soit de rejoindre le marché du
travail ;
* soit de poursuivre une formation
supérieure en technologie, sous réserve de satisfaire aux conditions
exigées.
47. Après le tronc commun prévu au premier
cycle de l'enseignement universitaire, les étudiants peuvent être
orientés vers les instituts et les écoles supérieures de l'enseignement
professionnel et technique, éventuellement après un passage dans la vie
active, sous réserve de satisfaire aux pré-requis en vigueur. Le
diplôme obtenu au terme de la formation dans ces établissements permet
:
* soit de rejoindre la vie active en
tant que techniciens ou cadre supérieurs
* soit de reprendre les études
universitaires.
Ouverture de l'école à son environnement et à tous les horizons créatifs
48. Les établissements d'éducation et de
formation se rapprocheront des organismes publics et privés capables de
contribuer au renforcement du volet pratique des enseignements par :
* l'échange de visites d'information
et d'observation ;
* la diversification des matériels et
supports didactiques ;
* l'organisation d'exercices
pratiques ou de stages, selon l'âge et le niveau des apprenants ;
* le montage conjoint d'activités
éducatives ou formatives, telles que l'expérimentation de produits, de
services, de procédés ou d'équipements technologiques, ou encore la
création et la présentation d'oeuvres théâtrales, musicales ou
plastiques, ou autre.
Apprentissage
et formation alternée
49. L'apprentissage s'entend comme une
formation se déroulant principalement en entreprise, pour plus des deux
tiers de sa durée, pouvant aller d’une à trois années, et qui implique
une relation contractuelle, établie entre l'employeur et l'apprenti ou
sontuteur légal.
L'apprentissage s'organise
principalement à deux niveaux :
a. vers la fin de l'enseignement
collégial, où il doit permettre aux apprenants de ce cycle de
compléter leur spécialisation professionnelle, avant leur sortie vers
la vie active conformément aux articles 50 et 51 de la présente charte
;
b. au niveau du cycle de qualification
professionnelle, où il doit assurer aux apprenants de ce cycle
l'acquisition d'habiletés professionnelles qualifiantes, tout en les
imprégnant des réalités du monde du travail.
50. La formation alternée est assurée
approximativement à parts égales entre l'entreprise et l'établissement
d'éducation ou de formation ; les apprenants y conservent leur statut en
tant que tels. Elle est régie par des conventions de partenariat qui
seront encouragées et développées, à tous les niveaux, depuis l'école
collégiale jusqu'à l'enseignement supérieur.
51. L'apprentissage en milieu de travail et
la formation alternée, par navette entre l'établissement d'éducation et
de formation et l'entreprise, seront promus, dans le cadre d'un
partenariat organisé et durable entre les autorités d'éducation-formation
centrales et déconcentrées ou décentralisées, les chambres
d'agriculture, d'artisanat, de commerce et d'industrie et tous les
groupements professionnels concernés. Les dispositifs législatifs
applicables à l'apprentissage, soit en particulier, soit dans le cadre
de la législation du travail en général, ainsi que les règlements
applicables à la formation alternée incluront les dispositions
pertinentes visant à :
a. impliquer étroitement les
partenaires susmentionnés, en matières d'organisation, de
planification, de supervision et d'évaluation de l'apprentissage et de
la formation alternée, à l'échelle régionale, provinciale et locale ;
b. établir la responsabilité partagée
et l'organisation conjointe et solidaire entre les établissements d'éducation-formation
et les entreprises d'accueil, en matière de placement, de tutorat, de
progression pédagogique et d'évaluation des acquis professionnels de
chaque apprenti ou stagiaire en formation alternée ;
c. mettre en place un système
spécifique d'assurance, à la charge de l'Etat, pour protéger les
apprentis et les stagiaires en formation alternée, ainsi que les
équipements des entreprises d’accueil, contre les risques directement
liés aux activités d'apprentissage et de formation alternée, afin
d'instaurer la confiance nécessaire au développement de ces deux modes
de formation.
Formation continue
52. la formation continue est un facteur
essentiel pour répondre aux besoins en compétences des entreprises, et
les accompagner dans le contexte de la globalisation des économies et de
l'ouverture des frontières. En permettant l'adaptation et le
développement des qualifications, suivant les évolutions technologiques
et les nouveaux modes de production et d'organisation. Elle contribue à
assurer la compétitivité du tissu productif, favorisant ainsi la
préservation de l'emploi et l'accès à de nouveaux métiers et améliore,
par voie de conséquence, les conditions économiques et sociales des
apprenants.
Considérant les progrès réalisés dans
ce domaine ces dernières années, il convient de renforcer la dynamique
d'investissement dans les ressources humaines au sein des entreprises,
et de sensibiliser les individus à leurs droits et leurs devoirs en
matière de formation continue.
53. Le système de formation continue doit
concerner l'ensemble des populations en cours d'emploi ou menacées de
perdre leur emploi (reconversion). Ainsi, divers modes de formation
continue doivent-ils être développés, afin de toucher les salariés
d'entreprises publiques et privées, les employés de l'administration et
des collectivités locales, ainsi que les populations actuellement
marginalisées ou insuffisamment qualifiées.
54. La diversité des secteurs
professionnels et les spécificités propres à chaque secteur en termes de
développement des compétences liées à chaque métier exigent de mettre en
place un système de formation continue contractualisé, adapté à chaque
branche professionnelle, aux niveaux national et régional. Une
attention particulière sera portée aux besoins du monde rural et
agricole. Un système de reconnaissance des acquis sera instauré,
permettant d'impliquer progressivement les secteurs professionnels dans
la gestion de leurs besoins en compétences.
55. Le système de formation continue
s'appuiera sur des actions de différentes formes, basées sur : des
bilans de compétences, permettant à chaque individu de faire valider ses
acquis professionnels et de déterminer ses besoins en formation ; il
s'agit :
* des opérations visant l'acquisition
de nouvelles compétences professionnelles au profit des personnes
expérimentées mais n'ayant pas bénéficié d'une formation de base
organisée et formelle ;
* des opérations visant à actualiser
et adapter les savoir-faire d'employés disposant de Compétences et de
qualifications reconnues par les entreprises ou l'administration ;
* des opérations de promotion
professionnelle, permettant aux travailleurs et aux employés
titulaires de certificats professionnels d'acquérir des compétences
d'un niveau supérieur ;
* des opérations de reconversion,
permettant aux bénéficiaires de s'adapter aux transformations
survenues dans les modes et techniques de production.
56. Le système de formation continue sera
articulé autour de la logique du marché, seule capable d'accompagner de
manière dynamique les besoins en compétences des entreprises. Il
encouragera une implication forte des établissements d'éducation-
formation en partenariat avec les entreprises et les administrations ;
il incitera au développement d'unités de formation continue et de
conseil au niveau des associations professionnelles et favorisera la
reconnaissance du lieu de travail en tant que lieu de formation. La
régulation du système, notamment par l’orientation et l’évaluation, sera
assurée en étroite collaboration entre l’Etat, les Chambres
professionnelles et les salariés. Des ressources seront affectées à
l'appui aux opérateurs de formation notamment en matière de formation de
formateurs et d’ingénierie de la formation continue.
57. La réforme du système de formation
continue s'appuiera sur une loi venant compléter ou ajuster les
dispositifs existants. Dans le sens de la mobilisation collective et de
l'encouragement des individus à la formation continue un capital temps
sera réservé à cette dernière. Ce temps sera géré dans un cadre
professionnel, au titre de conventions collectives négociées,
éventuellement par branche, entre les partenaires sociaux. Cette loi
définira principalement :
* le droit et le devoir de la
formation tout au long de la vie ;
* la validation des qualifications et
la reconnaissance des acquis par les bilans de compétences ;
* l'intégration du concept d'épargne
temps formation dans le parcours professionnel ;
* la formation alternée des personnes
en cours d'emploi ;
* les modalités et les ressources (y
compris la contribution du salarié) de financement des actions de
formations (coûts directs, salaires ... ) ;
* les mécanismes d'observation des
besoins en formation continue, afin d'anticiper sur les besoins en
compétences du secteur productif et d'adapter les cursus de
formation.
58. Des ressources stables, provenant de
subventions de l'Etat et d'une partie de la taxe de la formation
professionnelle seront allouées à l'encouragement des actions de
formation continue. Ces ressources seront gérées par une commission
tripartite (Etat, employeurs, employés) et constitueront un levier
permettant d'accompagner les besoins des entreprises dans les secteurs
considérés comme stratégiques.
59. Les mécanismes de formation continue
seront développés de manière à atteindre l'objectif de faire participer,
chaque année, au moins 20% des travailleurs, employés et fonctionnaires
à des actions de formation continue. Une attention particulière sera
portée aux besoins spécifiques des petites et moyennes entreprises.
Espace Il : Organisation pédagogique
Levier 4 : Réorganiser et articuler
les cycles d'éducation-formation
60. Sont définies ci-après les composantes
du système marocain d'éducation et de formation, citées à l'article 24
ci-dessus, qui seront concrétisées et mises en place conformément aux
dispositions de l'article 1 54 et suivants de la présente charte :
* La nouvelle organisation pédagogique
comporte un enseignement préscolaire, un enseignement primaire, un
enseignement collégial, un enseignement secondaire et un enseignement
supérieur. Cette restructuration sera basée sur les troncs communs,
la spécialisation progressive et les passerelles à tous les niveaux.
* Une fois la généralisation de
l'enseignement obligatoire suffisamment avancée, il sera procédé aux
articulations et aux regroupements suivants, sur les plans pédagogique
et administratif :
- les enseignements préscolaire et
primaire seront intégrés pour constituer un socle éducatif cohérent
«le primaire » d'une durée de 8 ans, composé de deux cycles : le
cycle de base qui regroupera le préscolaire et le premier cycle du
primaire et le cycle intermédiaire qui sera constitué du deuxième
cycle du primaire ;
- les enseignements collégial et
secondaire seront intégrés pour constituer un socle éducatif
cohérent « le secondaire » d'une durée de 6 ans, composé du cycle
secondaire collégial et d'un cycle secondaire qualifiant.
* la restructuration de
l'enseignement originel sera entreprise conformément à l'article 88 de
la présente charte.
L'enseignement préscolaire
et primaire
61. L'enseignement préscolaire et
primaire visera la réalisation des objectifs généraux suivants :
a. garantir à tous les enfants
marocains, dès le plus jeune âge possible, y compris en intégrant la
partie avancée du préscolaire, le maximum d'égalité des chances de
réussite dans leur vie scolaire et, par la suite, dans leur vie
professionnelle ;
b. assurer, à tous, l'environnement et
l'encadrement pédagogiques stimulants pour favoriser :
* le plein épanouissement de leurs
potentialités ;
* l'appropriation des valeurs
religieuses, éthiques, civiques et humaines essentielles pour
devenir des citoyens fiers de leur identité et de leur patrimoine,
conscients de leur histoire et socialement intégrés et actifs ;
* l'apprentissage des connaissances
et aptitudes de compréhension et d'expression, en langue arabe,
l'appui, si besoin est, sur les langues et dialectes régionaux ;
* la communication fonctionnelle
dans une première langue, puis une deuxième langue étrangères objet
du Levier 9 de la présente charte ;
* l'acquisition des savoirs
fondamentaux et des capacités qui développent l'autonomie de
l'apprenant ;
* la maîtrise des notions et des
méthodes de réflexion, de communication, d'action et d'adaptation
permettant d'être utile, productif, capable d'évoluer et de
continuer à apprendre, la vie durant, en parfaite harmonie avec
l'environnement national et mondial ;
* l'apprentissage d'habiletés
techniques, professionnelles, sportives et artistiques de base,
directement liées à l'environnement socio-économique de l'école.
62. L'enseignement préscolaire sera relié à
l'enseignement primaire qui sera structuré en cieux cycles, tel que
prévu clans les articles ci-dessous.
63. L'enseignement préscolaire est ouvert
aux enfants âgés de quatre ans révolus à six ans. Il aura pour objectif
général, durant deux années, de faciliter l'épanouissement physique,
cognitif et attectif de l'enfant, le développement de son autonomie et
sa socialisation, notamment à travers :
* le développement des habiletés
sensori-motrices, spatio-temporelles, sémiologiques, imaginatives et
expressives ;
* l'initiation aux valeurs
religieuses, éthiques et civiques de base ;
* l'exercice aux activités pratiques
et artistiques élémentaires (dessin, modelage, peinture, jeux de
rôles, chants et musique...) ;
* des activités de préparation à
l'apprentissage de la lecture et l'écriture en langue arabe, notamment
à travers la maîtrise de l'arabe oral, et en s'appuyant sur les
langues maternelles.
64. L'Ecole Primaire, d'une durée de six
années, est ouverte aux enfants issus du préscolaire et, à titre
transitoire, aux enfants qui n'en ont pas bénéficié, âgés de six ans
révolus, ainsi qu'aux élèves provenant des écoles traditionnelles, dans
le niveau pour lequel ils sont qualifiés. Elle est structurée en deux
cycles.
65. Le Premier Cycle de l'Ecole Primaire,
d'une durée de deux années, a pour objectif principal la consolidation
et l'extension des apprentissages du préscolaire, pour faire acquérir à
tous les enfants marocains, arrivant à l'âge de huit ans, un socle
commun et harmonieux d'instruction et de socialisation, les préparant à
poursuivre, avec un maximum d'égalité des chances, leurs apprentissages
aux niveaux d'enseignement ultérieur.
Outre, l'approfondissement des
processus d'instruction et de socialisation amorcés au préscolaire, le
présent cycle visera tout particulièrement :
* l'acquisition des connaissances et
aptitudes de base de compréhension et d'expression écrite et orale en
langue arabe,
* l'initiation à l’usage d'une
première langue étrangère,
* l'acquisition des notions de base
de prévention sanitaire et de protection de l'environnement,
* l'épanouissement des capacités
iconiques, graphiques et ludiques,
* l'initiation aux notions d'ordre,
de classement et de sériation,
notamment à
travers des manipulations d'objets
concrets,
* l'appropriation des règles de vie
en société et des valeurs clé réciprocité, de coopération et de
solidarité.
66. Le Second Cycle de l'Ecole Primaire,
d'une durée de quatre années, sera ouvert aux enfants issus du premier
cycle de cette même école.
a. Ce cycle aura pour objectifs
principaux, outre ce que stipule l'article 65 ci-dessus, le
développement poussé des habilités des enfants et l'épanouissement
précoce de leurs capacités, notamment à travers :
* l'approfondissement et
l'extension des apprentissages acquis aux cycles précédents
notamment sur les plans religieux, civiques et éthiques ;
* le développement des habiletés de
compréhension et d'expression, en langue arabe, nécessaires à tous
les apprentissages disciplinaires ;
* l'apprentissage de la lecture, de
l'écriture et de l'expression dans la première langue étrangère ;
* le développement des structures
opératoires de l'intelligence pratique, notamment par l'application
des opérations concrètes de sériation, classification, numération,
calcul et orientation spatio-temporelle, ainsi que des méthodes de
travail ;
* la découverte des notions, des
concepts, des systèmes et des techniques de base appliquées à
l'environnement naturel, social et culturel immédiat de l'élève, y
compris les affaires locales et régionales ;
* une première initiation aux
technologies modernes d'information, de communication et de création
interactive ;
* l'initiation à l'utilisation
fonctionnelle d'une deuxième langue étrangère, en centrant, au
départ, sur la familiarisation orale et phonétique.
b. La fin de l'école primaire est
sanctionnée par un certificat d'études primaires.
67. Durant la période transitoire, pendant
la mise en place progressive de cette nouvelle organisation pédagogique
de l'enseignement préscolaire et primaire :
a. les enfants âgés des 6 ans révolus
accéderont au premier cycle de l'enseignement fondamental actuel ;
b. la progression des enfants ayant
suivi une éducation préscolaire sera accélérée, après une période
d'observation d'un trimestre. Cette accélération peut entraîner leur
passage direct à un niveau supérieur de ce même cycle, selon des
conditions pédagogiques objectives et précises ;
c. il sera procédé à la coordination, à
la modernisation et à la normalisation de l'éducation préscolaire dans
son ensemble et à la préparation de l'intégration des enfants de
quatre ans révolus au préscolaire, nouvelle formule, au fur et à
mesure de sa mise en place.
L'enseignement collégial
68. L'Ecole Collégiale, d'une durée de
trois ans, sera destinée aux jeunes issus de l'Ecole Primaire et
titulaires du certificat d'études primaires. Cette école aura pour
objectifs, outre l'approfondissement des objectifs généraux des cycles
antérieurs :
* l'appui au développement de
l'intelligence formelle des jeunes, notamment par la formulation et la
résolution de problèmes, l'exercice mathématique, la simulation de cas
;
* l'initiation aux concepts et lois de
base des sciences naturelles, des sciences physiques et de
l'environnement ;
* la découverte active de
l'organisation sociale et administrative, aux niveaux local, régional
et national ;
* l'initiation à la connaissance de la
partie et du monde, sur le plan Géographique, historique et culturel
;
* la connaissance des droits
fondamentaux de la personne humaine et des droits et devoirs des
citoyens marocains ;
* l'apprentissage de compétences
techniques, professionnelles, artistiques et sportives de base, liées
aux activités socio-économiques adaptées à l'environnement local et
régional de l'école ;
* la maturation vocationnelle et la
préparation aux choix d'orientation et de conception/adaptation de
projets personnels de poursuite des études ou d'entrée directe dans la
vie active ;
* autant que possible, la
spécialisation dans un métier, notamment de l'agriculture, de
l'artisanat, du bâtiment ou des services, par le biais de
l'apprentissage ou de la formation alternée, en fin de cycle, entre le
collège et les milieux de travail.
69. L'achèvement de l'enseignement
collégial sera sanctionné par un brevet d'enseignement collégial (BEC),
mentionnant, le cas échéant, le champ d'apprentissage et de
spécialisation technique et professionnelle.
70. Les titulaires du brevet d'enseignement
collégial peuvent poursuivre leurs études dans l'enseignement
secondaire, selon leurs choix d'orientation et leurs aptitudes. Dans le
cas où ils passent directement à la vie active, ils peuvent toujours
postuler à la reprise des études d'enseignement secondaire, à condition
de satisfaire aux pré-requis et aux critères d'admission à ce niveau et
de suivre, au besoin, des modules de formation spécifiques pour
l'actualisation, des connaissances et aptitudes nécessaires à la
poursuite de ces études.
L'enseignement secondaire
71. L'enseignement secondaire (général,
technique et professionnel) vise, en plus de la consolidation des acquis
de l'Ecole Collégiale, à diversifier les domaines d'apprentissage, de
façon à offrir de nouvelles voies de réussite et d'insertion dans la vie
professionnelle et sociale, ou de poursuite des études supérieures.
Il comprend divers types de
formations :
* une formation professionnelle courte
organisée dans un cycle de qualification professionnelle ;
* des formations : générales,
techniques et professionnelles organisées dans deux cycles :
* un cycle de tronc commun d'une durée
d'une année ;
* un cycle du baccalauréat d'une durée
de deux années et comprenant deux filières principales : la filière
générale et la filière technologique et professionnelle.
72. Le cycle de qualification
professionnelle, sanctionné par un diplôme de même nom (par abréviation
DQP) se profile comme suit:
a. Il vise à former un personnel
qualifié, capable d'adaptation professionnelle et maîtrisant les
compétences de base nécessaires à l'entrée en exercice dans les
métiers et postes de travail des différents secteurs de production et
de services.
b.  |