Quelques données de base sur les problèmes d’éducation au Maroc

Quelques chiffres

Le Maroc est confronté à deux problèmes: le grand nombre des analphabètes et celui des diplômés chômeurs. Malgré la scolarisation de 4 millions d’enfants (pour une population de 30 millions d’habitants) et l’inscription de 230’000 étudiants dans les 11 universités du pays, on estime qu’un Marocain sur deux de plus de 10 ans, donc en âge de lire et écrire, est analphabète. C'est le constat ayant amené le gouvernement en 2000 à inscrire la lutte contre l’analphabétisme et la promotion de l’éducation non formelle parmi ses principales priorités pour la décennie 2000-2010, en particulier pour la tranche 10-45 ans, pour les filles et les ruraux, statistiquement plus touchés.

On estime en effet à 34% la proportion d’analphabètes chez les hommes et à environ 62% chez les femmes et, dans les campagnes, à 63% chez les hommes et 78% chez les femmes.

 

La fréquentation de l’école : Une école gratuite et obligatoire

Depuis 2002, l'école est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 15 ans mais les écoles toutes neuves ne profitent pas encore à tous, et la situation est plus critique dans certaines régions. Par exemple, les régions de Marrakech-Tensift-al Haouz et Souss-Massa-Draa concentrent à elles seules un million d’analphabètes. Pourquoi ? Parce que dans les campagnes, de nombreux obstacles empêchent un enfant d'aller à l'école : nécessité de faire travailler l'enfant pour aider la famille à vivre, école trop éloignée, pas de budget pour les fournitures…

 

Les obstacles à sa fréquentation :

1- La survie de la famille

C’est sans doute le premier obstacle, le plus infranchissable : la famille a besoin du travail de l'enfant pour vivre. La situation est ancienne et n'a pas évolué dans les campagnes. Encore aujourd'hui, de nombreux enfants des campagnes ne vont à l'école que par demi-journées, et travaillent en famille le reste du temps. Seule compensation pour les familles, la cantine scolaire, de plus en plus fréquente.

Le problème du coût de la scolarité est également un frein : même si l'école est gratuite, de nombreux parents ne peuvent acheter les fournitures scolaires, trop nombreuses et coûteuses à leurs yeux.

2- Une école éloignée des villages

Dans les campagnes marocaines, les douars (villages) sont très dispersés. Pour certains, l'école la plus proche est à une heure de marche. On comprend que ce qui peut être fatigant au printemps ou à l'automne avec de mauvaises chaussures sur un sentier parfois caillouteux, devient insupportable avec le froid de l'hiver, ou la chaleur étouffante du mois de juin. Partir de nuit, arriver en classe déjà fatigué, devoir tout apprendre d'une langue que l'on ne connaît pas (l'arabe pour les Berbères), et que ses parents ne pourront partager, explique que certains enfants abandonnent après quelques semaines.

Le problème s'accentue quand l'enfant arrive au collège : l'établissement est souvent encore plus éloigné, et les parents, réticents à envoyer leur enfant encore bien jeune, si loin. Certains collèges ont parfois un foyer d'accueil.

3- La réticence des familles

L'enfant scolarisé manque déjà à la famille, pour les travaux agricoles. Mais en plus, les parents, souvent analphabètes, se demandent parfois à quoi peut bien servir cette école. Parfois, les pères s'opposent aussi à ce qu'un instituteur fasse l'éducation à leurs filles.

Scepticisme, méfiance, l'éducation est aussi à faire auprès des parents, dont le rôle, dans la progression scolaire et sociale de l'enfant, reste fondamental.