L’école, le meilleur lieu de travail pour un enfant…

 

Au Maroc, 600’000 enfants de 7 à 14 ans travaillent alors qu’ils devraient se trouver sur les bancs de l’école. Un chiffre impressionnant à mettre en parallèle avec les 800’000 autres enfants qui ne fréquentent pas l’école et qui ne travaillent pas. Les syndicats néerlandais AOb (Algemene Onderwijsbond) et marocain SNE (Syndicats national d’enseignants) ont ensemble développé, avec d’autres partenaires marocains et européens, un projet pilote pour lutter contre le travail des enfants et leur déscolarisation. Enseignante et présentatrice d’une émission TV pour enfants diffusée sur la chaîne de télévision marocaine 2M, Majda Fahchouch est la coordinatrice nationale de ce projet. A Fez, la ville qui accueille la phase pilote, elle supervise les activités menées dans cinq écoles.

Pour lutter contre le travail des enfants, ce projet s’attaque au phénomène de la déscolarisation.

Ce projet a défini quatre axes d’intervention: l’école, la famille, le lobby et le renforcement de capacités. L’école est l’axe essentiel de la stratégie qui consiste à prévenir le travail des enfants en s’attaquant à l’une de ses causes principales qui est la déscolarisation.

Cinq écoles de Fez ont été identifiées pour bénéficier de ce projet pour une durée de trois ans.

Dans ces écoles situées dans des quartiers pauvres de Fez, nous entre 3’500 et 4’500 élèves du niveau primaire, c'est-à-dire âgés de 7 à 12 ans sont touchés. Ce sont des enfants à risques: il suffirait de peu de choses pour qu’ils quittent l’école. Les garçons semblent plus menacés que les filles par la désertion. Dans ce contexte, le rôle de l’enseignant et de la famille est capital.

L’idée générale est de mener un travail de sensibilisation. La pauvreté a bien sûr une incidence sur l’abandon, mais il y a aussi et surtout un manque d’information sur l’importance de l’école pour l’enfant. Les activités ont été identifiées pour toucher différents profils familiaux : les parents divorcés, les familles pauvres, les familles d’enfants orphelins, les parents âgés.

A travers des ateliers et des séances d’informations, différents enjeux de l’enseignement sont expliqués aux familles. Elles sont également accompagnées pour affronter les difficultés qui entravent la scolarisation de leurs enfants. Des formations sont aussi organisées pour expliquer les droits des enfants.

Dans l’approche de la famille, ce sont les mères, piliers de l’éducation au sein des familles, qui sont particulièrement ciblées.

Il faut travailler pour que l’école représente à nouveau un univers attractif pour l’enfant. De ce point de vue, on assiste depuis plusieurs années à une défaillance du système scolaire marocain. Le métier d’instituteur intéresse moins les jeunes, cela veut dire qu’il y a un manque d’enseignants, notamment dans les zones rurales. Dans certaines régions, il n’y a même plus d’écoles. Le Maroc vit aussi une situation paradoxale : des enseignants diplômés sont au chômage et ne trouvent pas de travail.

Les programmes scolaires doivent également être revus afin de motiver davantage les élèves sur l’importance de bien étudier. Les professeurs doivent également être formés pour qu’ils puissent détecter un risque de déscolarisation auprès d’un enfant.

De plus en plus d’enseignants tentent d’installer une relation avec la famille de leurs élèves. C’est un travail volontaire qui dépasse leurs compétences scolaires et qui n’est pas rémunéré. Ce type d’intervention bénévole est pourtant bénéfique à la dynamique du projet.

Depuis la mise en place du projet, le nombre d’abandons scolaires est en diminution. Dans les cinq écoles choisies, on n’enregistre que 120 abandons. 17 enfants ont également pu être réinsérés dans le circuit scolaire. Les programmes de soutien scolaire sont également bien suivis, le taux de fréquentation est en hausse. Enfin, parallèlement, des lunettes ont été procurées à 200 enfants.

 

Comment expliquer le phénomène de la déscolarisation au Maroc

La pauvreté n’est certainement pas l’unique raison de ce phénomène. Au Maroc, les gens ne meurent pas de faim. Par contre, l’ignorance est un facteur important. C’est pourquoi il est essentiel de travailler sur l’information et la sensibilisation. La population doit comprendre l’importance de l’enseignement. Même si on est pauvre, il est nécessaire d’envoyer ses enfants à l’école pour améliorer la situation.

Cependant, le travail domestique encourage parfois un enfant à rester à la maison…

Effectivement, dans de nombreuses familles marocaines, on trouvera une petite bonne. Parfois, elles n’ont même pas 7 ans. A cet âge, les travaux domestiques peuvent être très lourds. Mais ce phénomène ne pose aucun problème de conscience pour les familles ou le gouvernement marocain. C’est dans la culture. C’est cela le plus grave.

 

Adapté d’un interview de Majda Fahchouch du 12.06.2006 paru sur www.ituc-csi.org, CT