La situation des filles au Maroc

 

L'éducation des filles

Les enfants reçoivent une éducation jusqu’au terme du cycle primaire, ce qui correspond à l’âge de 12 ans, ceux qui continuent en cycle secondaire sont déscolarisés à partir de 15 ans. Le taux d’inscription à l’école primaire entre 1996 et 2004 est estimé à 89%-91% pour les garçons et 87% pour les filles (Unicef, 2005). Le système éducatif marocain souffre d’un taux de redoublement important (16,5%) comparable, sinon supérieur, au Burkina Faso et au Sénégal par exemple. Le taux d’échec scolaire est aussi très significatif dans le primaire et reste lié à la détérioration de la qualité de son enseignement.

Les élèves aboutissent en fin de cycle primaire à un faible niveau d'acquisition des connaissances. Le secondaire est désavantagé dans le sens où les taux de scolarisation accusent une forte chute par rapport au cycle précédent (38% de garçons scolarisés contre 33% pour les filles en2000-2004). Les filles et les pauvres, en particulier en milieu rural, sont davantage touchés par la non scolarisation. Les filles sont déscolarisées prématurément. En zone rurale, 48,8% de filles fréquentent l’école contre 91,6% en milieu urbain où il n’existe pas de grande différence entre garçons et filles (92,5 et 91,6%). Cependant, en milieu rural, le taux de scolarisation atteint 69,8% pour les garçons et 48,8% pour les filles.

Il y a une grande différence de scolarisation entre les garçons et les filles en milieu rural et urbain (92,5% contre 48,8%). Par conséquent, la chance d’être scolarisé pour une fille est d’un tiers inférieur à un garçon. D’autant plus que 35,2% des filles appartiennent à la catégorie des «inactifs» (7,1% pour les garçons), à savoir qu’elles ne fréquentent pas l’école et ne travaillent pas. Il va sans dire que la majorité d’entre elles exécutent des travaux ménagers et participent probablement à des travaux qui ne sont pas rapportés (les travaux domestiques).

Dans la majorité des cas, les parents sont découragés d’investir davantage dans l’éducation de leurs filles au-delà du primaire en raison d’un déficit structurel économique et culturel. La non disponibilité des infrastructures, l’éloignement du trajet et les frais élevés de la scolarisation constituent, entre autres, des facteurs explicatifs de la déscolarisation des filles.

La situation des filles sur le marché du travail

Le tableau 1 illustre la manière dont la main d’oeuvre infantile féminine est employée selon les branches d’activités.

Cette main d’oeuvre est essentiellement occupée dans l’industrie du textile avec 51,4% ; la proportion des garçons travaillant dans cette industrie est très faible avec seulement 4,4%. L’autre industrie employant les filles est le commerce et les petites réparations avec 17,1%. Il y a des industries qui emploient uniquement des garçons comme le travail des métaux et  la branche de réparation des véhicules.

Le tableau 2 donne une autre perception du travail des filles dans le secteur informel.

Seulement 23,1% des filles âgées de moins de 15 ans sont employées dans le secteur informel contre 76,9% des garçons. Le secteur informel est essentiellement un secteur masculin. Les filles n’occupent pas d’emploi salarié, signifiant que les seuls les garçons ont le devoir de subvenir aux besoins vitaux de la famille. Les garçons par leur travail accroissent le revenu de la famille. Les filles sont occupées dans les activités invisibles comme le travail domestique ou comme aides familiaux avec 39,6% des filles. 

Ces deux tableaux montrent que les filles n’ont pas accès à l’ensemble des activités du secteur informel. Certaines activités sont spécifiquement féminines. Cette catégorisation des filles empêche l’insertion des filles sur le marché du travail

Le travail invisible

Les filles travaillent comme aides familiaux dans les «entreprises familiales», elles ne sont pas rémunérées pour ce travail, elles constituent une force de travail gratuite dont les parents se servent pour réduire le coût de production et/ou pour accroître la productivité de l’entreprise familiale. L’autre caractéristique du travail féminin est le travail domestique. Les filles sont rémunérées pour ce travail. Cette forme de travail est invisible car les petites bonnes ne se présentent pas sur le marché du travail d’elles-mêmes, elles sont recrutées indirectement par l’intermédiaire des connaissances de parents (68,3% des filles de moins de 15 ans) ou d’agents de recrutement (seulement 19,5% des filles sont recrutées par des agences de recrutement. Le réseau relationnel est donc le principal moyen de recruter les petites bonnes. 74% des filles viennent des milieux ruraux contre 11% des milieux urbains. Elles travaillent généralement dans les familles aisées en milieu urbain (cadre du secteur public, médecin, professeurs d’universités etc.).

L’autre raison de l’invisibilité du travail domestique est l’enfermement des filles dans les maisons de leurs patrons. L’espace de travail familial et privé se confondent, il est impossible de distinguer entre ce qui est du travail rémunéré et non rémunéré. 46% des filles travaillent dans les villas contre 34% dans des appartements. 26% des filles ont moins de 10 ans et 72% ont moins de 13 ans.

Le statut des filles domestiques est précaire dans le sens où elles sont très faiblement rémunérées. 41,3% des filles de moins de 15 ans gagnent de 100 à moins de 300 dirhams par mois et 49,1% gagnent entre 300 et 500 dirhams par mois.

Elles travaillent plus de huit heures par jour ; 72% des filles se réveillent avant 7 heures du matin pour travailler et pour 65% d’entre elles vont se coucher après 23 heures. Seulement 32,5% des filles ont des jours de repos pendant les fêtes religieuses. 29% des filles n’ont ni jours de repos ni congés annuels.

59% des petites bonnes mangent avec les membres du ménage ; 82% dorment dans la même chambre que les autres membres du ménage.

Elles travaillent dans des mauvaises conditions et sont souvent victimes de sévices corporels et même sexuels.

Le fait que le travail des filles soit invisible renforce leur vulnérabilité sur le marché du travail. Les filles étant éloignées de leur milieu familial ne possèdent aucune protection parentale. Elles se trouvent ainsi à la merci de leurs employeurs.

 

  Source: adaptation du texte «Le travail des enfants au Maroc: l’intégration par l’économie informelle», de Augendra Bhukuthet Nahid Bennani, paru le 3 novembre 2006 sur www.abhatoo.net.ma.