Épidémiologie du travail des enfants

dans le monde

 

Carte du monde (Unicef) avec la fréquence du travail des enfants selon les différents pays.

 

On estime que 250 millions d’enfants travaillent dans des conditions plus ou moins dangereuses dans le monde, dont la plus grande partie dans les pays en développement, soit environ un enfant sur 4. La grande majorité de ces enfants vivent en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

L’Asie en regroupe à elle seule la moitié. En Afrique, un enfant sur 3 exerce une activité économique, contre un enfant sur 5 en Amérique Latine.

Si ces chiffres peuvent paraître très élevés, il faut se rappeler qu’il y a un siècle à peine, des milliers d’enfants travaillaient dans les mines et les manufactures anglaises et dans de nombreuses industries européennes. Mais, grâce à une législation draconienne et à la scolarisation obligatoire, il a été possible de parvenir à une abolition quasi totale du travail de l’enfant dans les pays industrialisés.

S’il est vrai que la grande majorité des enfants qui travaillent aujourd’hui vivent dans les pays en développement, les enfants des pays riches ne sont pas tous épargnés et beaucoup d’entre eux exercent une activité économique.

Au Royaume-Uni par exemple, le pourcentage de la main d’œuvre infantile est de 15 à 20 % des enfants âgés de 11 ans et de 36 à 66 % des jeunes de 15 ans. Aux États- Unis, de nombreux enfants travaillent dans des ateliers de confection. Si la quasi totalité des enfants qui travaillent dans les pays riches vont à l’école et gardent leur rémunération comme argent de poche, l’on trouve encore des situations où les enfants subissent une véritable exploitation économique. Il s’agit souvent d’enfants issus des minorités ethniques ou de groupes d’immigrants.

Le travail de l’enfant n’a pas le même sens dans toutes les sociétés, mais dès qu’il met en danger la santé et le développement normal de cet enfant, il doit être considéré comme une exploitation économique et combattu en tant que tel. Dans de nombreux pays, en particulier en Asie, certains considèrent les enfants (notamment des basses castes) qui travaillent comme faisant partie de la nature des choses et comme nécessaire à l’ordre social existant. Par ailleurs, la pauvreté est souvent avancée comme étant à l’origine de l’emploi des enfants. On peut se demander pourquoi les parents ne sont pas employés à la place de leurs enfants. La raison en est que les enfants sont plus malléables et acceptent de travailler avec des salaires dérisoires et des conditions difficilement acceptables par un adulte. Ils sont plus faciles à exploiter.

Les employeurs et les parents ont donc une responsabilité majeure dans le fait de faire travailler les enfants. Ces derniers ne seraient pas astreints à travailler si personne ne les exploitait. Faire travailler des enfants contribue à perpétuer la pauvreté, dans la mesure où un enfant travailleur deviendra un adulte non qualifié et mal payé.

Au niveau international, la répartition mondiale du travail de l’enfant est instructive quant à sa relation avec la pauvreté. La grande majorité des enfants qui travaillent vivent en Asie, en Afrique et en Amérique latine avec un taux d’activité infantile respectif de 61 %, 32 % et 7 %. Ainsi, c’est en Asie qu’on trouve le plus grand nombre d’enfants travailleurs, mais en valeur relative, le triste record est détenu par l’Afrique où les enfants occupés représentent 40 % de la population des 5 à 14 ans.

Le taux d’activité des enfants varie d’un continent à l’autre, mais également d’un pays à l’autre. Une enquête expérimentale récente réalisée par le BIT a montré que 25% des enfants de 5 à 14 ans au Ghana, en Inde, en Indonésie et au Sénégal ont exercé une activité économique.

D’autres études réalisées en Afrique chez les enfants de 10 à 14 ans retrouvent des taux d’activité plus élevés atteignant plus de 50 % au Burkina Faso, au Mali et au Bhoutan, de 41 à 49 % au Kenya, en Éthiopie, au Niger, au Népal et en Ouganda.

En Asie, les taux d’activité des enfants diminuent dans le sud-est en raison de l’amélioration des revenus par habitant, de la généralisation de l’éducation de base et de la diminution de la taille de la famille. Par ailleurs, plus le revenu familial s’élève moins les enfants travaillent. Des études ont, en effet, montré que l’incidence du travail de l’enfant décroît lorsque le revenu des mères augmente.

Toutes ces observations amènent à la conclusion que la cartographie du travail des enfants se calque pratiquement sur la cartographie de la pauvreté dans le monde.

 

  Source: adaptation du texte «Le travail de l’enfant dans l’artisanat marocain: déterminants et effets sur la santé», de C.H. Laraqui, A. Caubet, O. Laraqui, I. BelamaIlem, Kh. Harourate, J.P. Curtes, C. Verger, Santé publique 2000, volume 12, no 1, pp. 31-43.

Cartes: www.monde-diplomatique.fr; www.edk.fr