Id Seggwas

Le Nouvel-An amazigh (berbère)

 

 

Aseggwas Ameggaz 2957 - Bonne Année 2007

(Tableau-carte de Mohand Saidi)

 

Les Imazighens fêtent le nouvel an le 13 janvier de chaque année qui correspond au 1er janvier amazigh. "Amezwaru n Yennayer" ou "Id Seggwas", le jour de l'an, fait coïncider cette année de 2008 à l'an 2958 amazigh.

La tradition orale rapporte que cette nuit de Yennayer fut un moment tragique. Le dieu Azger (Taureau), maître du monde, était tenu de transférer le globe terrestre d’une corne à l’autre. Les Amazighs, naguère adorateurs d’Azger, pleurèrent toute la nuit craignant la fin du monde (de leur vie) si la Terre s'échappait de l'autre corne. Le transfert ayant réussi, ils fêtèrent Yennayer. Chez les paysans, il s'agit surtout d'un moment de passage d'un cycle à l'autre, une porte de l'année (tawurt useggwas) comme le disent les Kabyles.

La veille du jour de l'an, les Imazighens entament cette entrée dans la nouvelle année par des rituels et des cérémonies qui renvoient à une symbolique de fécondité. Chez les Ait Yafelman et Ayt Atta au sud-est du Maroc, le repas de Yennayer préparé à cette occasion consiste en un grand plat de couscous de gros grains, une bonne quantité de viande et sept légumes. Un seul noyau de dattes est enfoui dans le plat. Le repas étant pris en famille, la conversation se fait dans une ambiance de spiritualité intense où les souhaits et les prières pour une année pleine d'abondance sont exprimés. La personne qui retrouve le noyau de dattes en mangeant est élue la personne chanceuse "Azuhriy" de l'année à venir. Les sept légumes sont censés apporter le bénéfice de la fécondité et de la richesse en plaçant l'année entrante sous l'abondance et les bonnes couleurs.

Pour en savoir plus sur le couscous, cliquez ici.

Certains interdits sont à respecter. Les navets sont exclus sinon leur consommation, pendant cette nuit, déclencherait la prolifération des rats. Il est également interdit d'utiliser certaines épices, notamment les piments, sous peine que l'année soit pimentée et pleine de mauvaises surprises. Il est conseillé de manger à satiété car celui ou celle qui n'est pas rassasié(e) le restera  toute  l'année. Autour du plat, il ne faut surtout pas attraper le hoquet. Il donnerait la mort au cours de l'année au voisin d'à côté et assis à droite. Pour parer à un éventuel malheur, un bâton dissuasif et protecteur ou un petit morceau de bois est posé entre les convives du dîner.

Le couscous, repas sacré, rejoint le principe de la liaison avec l'invisible comme une invocation des forces invisibles et des ancêtres pour qu'ils ramènent l'abondance et la richesse au cours de l'année qui s'annonce. Le soir de Yennayer est appelé "Haguza" dans certaines régions chez les amazighophones comme les Ait Seghrouchen comme chez les Hyayna, arabophones d'origine amazighe. Les paysans disaient que c'était le nom d'une vieille femme enlevée par la crue d'un torrent avec les chèvres qu'elle gardait. La famille partage ce soir le repas de "Haguza" qui est composé de beignets, de fruits secs et du pain appelé "ghorisa". Les enfants sont appelés à beaucoup manger sinon la Vieille viendrait leur ouvrir le ventre et le remplir de paille (faits rapportés par Jean Servier dans "Traditions et civilisations berbères"). On retrouve ce mythe de la Vieille "Tamghart" ou les "jours de la vieille" chez les Imazighens d'Algérie à différentes périodes de l'année pour confirmer certains interdits chez les paysans.

Yennayer revêt aussi une importance capitale puisque son avènement en l'an 951 avant J-C., les Imazighen ont réussi à acquérir leur droit à observer et pratiquer leur propres rites funéraires dans les différentes armées du pharaon. En l'an 950 avant J-C., Sheshnaq, chef amazigh de l'époque, accéda au trône de l'Egypte pharaonique et devint fondateur de la vingt-deuxième dynastie. Il régna de 950 à 929 avant J-C. sur le Delta du Nil et la Libye actuelle.

Les Imazighens partout dans Tamazgha et dans le reste du monde se sont réappropriés cet événement en en faisant une occasion de communion avec leur histoire et leur identité mais surtout pour se rappeler la nécessité de mettre en valeur leur culture et redorer son blason malgré toutes sortes de négations.

Il est par conséquent célébré dans les associations culturelles, les universités et au sein des familles bien entendu.

 MT

Vidéo du Carnaval de Amenzu n yennayer (Nouvel-An Berbère) du 12 janvier 2008, fêté à Ighzer Amokrane dans Laarch n Ouzellaguen et organisé par l'association culturelle Horizons du même lieu. C'est une reproduction parfaite des anciens temps des berbères avec les guerriers bien vêtus.

 

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