Lutte contre l’abandon scolaire

 

Résumé

Le Maroc s’est lancé dans une politique de réduction des disparités géographiques, socio-économiques et de genre dans le domaine de la scolarisation.

Malgré les résultats très encourageants en termes de taux de scolarisation et de l’égalité entre filles et garçons, il reste cependant beaucoup à faire pour améliorer la rétention des élèves. En effet, sur 1000 élèves inscrits pour la première fois en 1ère année primaire, 620 arrivent à atteindre la 6ème année et 380 quittent les bancs de l’école avant ce niveau.

Au niveau global, les taux d’abandon ont accusé une hausse de 26% entre 2000-2001 et 2002-2003 passant de 5% à 6,3%.

Les abandons annuels coûtent très cher à l’état comme aux familles qui font beaucoup de sacrifices (particulièrement en milieux rural et périurbain) pour que leurs enfants soient à l’école. Tout abandon qui survient avant la 4ème année du primaire reconduit à l’illettrisme pur et simple.

L’ampleur de l’abandon scolaire place le Maroc parmi les pays les plus frappés par le phénomène. Le Maroc et l’UNICEF ont donc expérimenté un ensemble d’actions dans 7 délégations (Tanger, Sidi Youssef Ben Ali, Essaouira, Al Haouz, Chefchaouen, Zagora et Ouarzazate).

 

Définition de l’abandon scolaire

La définition de l’abandon scolaire retenue par le ministère n’est pas la même que celle adoptée par le programme de lutte contre l’abandon scolaire.

En effet pour le Ministère de l’Education Nationale, l’abandon scolaire est appréhendé de manière résiduelle et, de ce fait, hormis les transferts inter établissements qui laissent une trace administrative, cette approche de l’abandon scolaire ne fait guère la différence entre abandon, décès, émigration. C’est justement cette catégorisation qui revêt toute son importance quand on a à définir des stratégies de lutte contre l’abandon.

Le programme appréhende l’abandon scolaire d’une manière plus précise et opérationnelle : il s’agit de l’abandon en cours d’année.

L’indicateur de l’abandon scolaire choisi par le programme a été celui qui est le plus facilement maîtrisé par les directeurs d’écoles, soit le taux d’abandon entre le mois de novembre et celui de mai. En effet, les changements de directeurs, les mouvements de populations conjugués aux problèmes de gestion et d’administration sont tels que les directeurs ne savent pas toujours s’il s’agit d’un abandon ou d’un simple transfert.

Le taux d’abandon scolaire retenu se calcule alors comme suit: c’est le nombre de cas d’abandons survenus entre les mois de novembre et de mai rapporté à l’effectif initial d’élèves (inscrits en novembre) augmenté du solde migratoire.

Le solde migratoire est la différence entre l’effectif des élèves qui quittent l’école d’une commune donnée pour aller continuer leurs études dans une autre et ceux qui émigrent en provenance d’autres communes.

Introduction et contexte de l’étude

Les statistiques scolaires et les indicateurs de l’offre comme ceux de la demande d’éducation produits annuellement par le Ministère de l’Education Nationale (MEN) montrent que le Maroc a réussi un développement appréciable de son système éducatif tant au plan de l’accès qu’au plan de la réduction des inégalités entre milieux et entre filles et garçons. L’amélioration des indicateurs des performances scolaires a été relevée depuis quelques années déjà, et particulièrement depuis 1998.

Les taux d’accès à 6 ans sont passés de 37% en 1997/98 à 89,6% en 2002/2003, soit une hausse moyenne annuelle de 13,2%. Quant aux taux nets de scolarisation des enfants de la tranche d’âge 6-11 ans, ils ont accusé, eux aussi, une hausse en l’espace de 6 années passant respectivement de 68,6% en 1997/98 à 92,2% en 2003/2004.

Le rythme de croissance est encore plus rapide en milieu rural qui a vu son taux net de scolarisation passer de 55,4% en 1997/98 à 87,8% en 2003/2004.

On constate dans ce milieu que les filles ont été plus nombreuses à s’inscrire dans les écoles. De ce fait, le taux net de scolarisation des filles rurales a augmenté entre 1997/98 et 2003/04 faisant passer ce taux de 44,6% à 831%, ce qui est en soit un véritable exploit.

 

Le Maroc a enregistré des résultats impressionnants dans le domaine de la réduction des disparités de genre et plus particulièrement en milieu rural. En effet le ratio filles/garçons a régressé de 12 points pourcentage entre 1997/98 et 2002/03 au niveau national, et de 22 points en milieu rural.

Malgré ces résultats très encourageants, il reste beaucoup à faire pour améliorer la rétention des élèves. En effet, 62% des élèves arrivent à la 6ème année de l’enseignement fondamental. Ce qui veut dire que sur 1000 élèves inscrits pour la première fois en 1ère année de l’enseignement fondamental, 380 quittent les bancs de l’école avant la 6ème année.

Le taux global d’abandon a accusé une hausse passant de 4,9% en 2001-2002 à 6,3% en 2002-2003. Cette hausse est encore plus marquée chez les filles (presque 2% durant la même période).

Au niveau de l’évolution de l’abandon scolaire par niveau d’étude, on constate que leur structure reste inchangée dans la mesure où les niveaux extrêmes (1ère et 6ème années) sont les plus frappés par le phénomène de l’abandon.

Evolution des taux d’abandon

Au niveau global, les taux d’abandon ont accusé une hausse de 26% entre 2000-01 et 2002-03 passant de 5% à 6,3%. A partir de 1999-2000, le taux a chuté à 4,9% pour atteindre le chiffre record de 6,3% en 2003.

 

Durant cette même période, les taux d’abandon dans les écoles primaires rurales ont suivi la même tendance. Sur le graphique 1 on peut relever le quasi parallélisme des courbes d’évolution des taux d’abandon au niveau national et en milieu rural.

L’écart entre les deux taux est resté presque le même qu’en 1998/99, ce qui nécessite la mise en place d’actions spécifiques au niveau du milieu rural.

Comparé à des pays arabes qui ont à peu près un niveau semblable à celui du Maroc, le taux d’abandon scolaire au primaire est très élevé. Des statistiques récentes de l’Unesco montrent que le Maroc est classé second (après la Mauritanie) en matière d’abandon scolaire (Djibouti est pour certains niveaux scolaires meilleur que le Maroc) alors que le Maroc consacre plus de ressources à son système d’enseignement que ces pays.

 

Abandon et genre

L’unique handicap à surmonter chez la fille (rurale en particulier) reste l’accès à l’école. Une fois engagée dans le système, la fille abandonne moins fréquemment que le garçon (à l’exception du cycle primaire) et surtout réussit mieux que lui.

En effet, l’écart entre les taux de promotion des filles et des garçons atteignent en 2002/03 3,6 % au primaire, 9,1% au collège et presque 6% au secondaire.

 

L’écart entre le taux global d’abandon et celui des filles qui était à son maximum en 1999-2000 s’est réduit à presque zéro en 2001-2002 pour augmenter de nouveau à 0.75 point.

 

Abandon, niveau scolaire et milieu

La répartition des taux d’abandon par niveau scolaire laisse apparaître une structure «en cuvette» dénotant un fort taux d’abandon pour les niveaux extrêmes du cycle fondamental et des taux relativement faibles pour les niveaux intermédiaires.

Cette structure est restée inchangée durant toute la période de comparaison (1999-2002); il serait intéressant de connaître les raisons de cette constance structurelle des taux d’abandon. S’agit-il de difficulté d’adaptation au rythme de vie scolaire en 1ère et en 2ème années pour les élèves nouvellement inscrits dans ces niveaux ? S’agit-il de difficultés d’adaptation pédagogique pour les élèves des derniers niveaux ?

En comparant l’évolution des taux d’abandon par niveau scolaire entre 2000-2001 et 2002-2003, on constate une régression du phénomène de l’abandon. L’écart le plus grand concerne la 5ème année du fondamental alors que les niveaux de 3ème et de la 4ème années ont connu la plus faible réduction de l’abandon.

Au niveau du milieu rural seul, l’évolution globale obéit à la même tendance décrite plus haut (courbe en «U») avec cependant des irrégularités inter périodiques.

Dans le cadre de la stratégie de développement du système éducatif, il est prévu que le taux d’abandon par niveau scolaire soit maintenu à 1% à l’horizon 2017/2018.

Deux éléments à retenir :

• Le redoublement conduit très souvent à l’abandon scolaire:

L’étude menée au Maroc en 1996/97 par le Ministère de l’Education Nationale a pu mettre en lumière une relation significative entre l’abandon et le redoublement entre autres facteurs : «la probabilité d’abandon est significativement plus forte quand le niveau scolaire est plus faible, quand l’élève a déjà redoublé, quand il est fils d’agriculteur, quand il participe à des activités domestiques et productives et, enfin, quand il a été plus fréquemment absent pendant l’année écoulée.

• L’abandon est un phénomène complexe et non un comportement homogène:

Il faut faire une distinction entre deux types d’abandon: l’abandon en cours d’année et l’abandon en fin d’année (la non réinscription).

Cette distinction permet de comprendre les facteurs spécifiques et les caractéristiques des élèves qui sont dans l’une ou l’autre situation. En effet l’abandon en cours d’année dénote «une situation relativement personnelle et aléatoire, renforcée éventuellement par la distance domicile-école ». Tandis que l’abandon en fin d’année dévoile «une décision davantage centrée sur les performances scolaires des enfants et le coût d’opportunité des études… ».

Une autre étude a montré que l’abandon au cours de la 1ère année du cycle fondamental est particulièrement élevé chez les filles, les élèves dont les parents sont analphabètes et les enfants qui exercent des activités domestiques ou rémunérées.

La prise en compte de l’organisation pédagogique de l’école augmente largement le pourcentage de la variance tout en mettant en lumière l’influence positive de la taille des classes sur la rétention des élèves.

Quelles sont les causes de l’abandon scolaire ?

Il n’est pas facile d’identifier les causes et les conséquences d’un processus aussi complexe que celui menant à l’abandon scolaire. L’existence d’un facteur caractérisant un grand nombre d’élèves qui ont abandonné les études ne signifie pas nécessairement qu’il y a un lien de causalité entre ce facteur et le fait d’abandonner.

Quand on analyse le phénomène de l’abandon scolaire, on s’aperçoit qu’il y a un grand nombre d’éléments qui sont impliqués en action et interaction dans la spirale de l’abandon.

Un même facteur peut conduire à l’abandon scolaire de la fille et pas du garçon et vice versa. Il y a différents cas de figures où l’abandon survient à la suite de relation directe ou indirecte:

Le schéma 1 illustre le cas très fréquent où l’abandon scolaire est directement expliqué par l’état de santé de l’élève qui se sent incapable de suivre normalement ses cours et s’absente fréquemment avant d’abandonner purement et simplement. En fait, la vraie cause reste la pauvreté de la famille qui se sent dans l’impossibilité de subvenir aux besoins de santé de l’enfant et en particulier quand ce dernier est atteint d’une maladie chronique.

 

Le schéma 2 représente l’influence d’un facteur «x» (d’accélération ou d’intensification) sur une relation primaire établie entre un facteur «y» et l’abandon scolaire. C’est ainsi que très souvent, en particulier en milieux rural et périurbain, l’abandon scolaire est le fait d’une décision paternelle guidée par une attitude négative vis-à-vis de l’école. Or cette attitude est en fait intensifiée par le phénomène d’analphabétisme des parents.

 

Le schéma 3 illustre le cas où l’abandon scolaire est le résultat d’une relation en chaîne où interviennent 2 ou plusieurs facteurs. L’exemple type est celui où l’élève abandonne ses études parce qu’il se sent marginalisé, délaissé et pas du tout suivi par sa famille. Cette même «cause primaire» est la résultante d’un phénomène plus profond, à savoir la déstabilisation conjugale (abandon du foyer, divorce, séparation…).

 

Les causes de l’abandon scolaire étant multiples et variées, il importe donc d’en tenir compte dans toute investigation autour de l’abandon scolaire.

Bien qu’il n’existe pas d’études nationales récentes sur le sujet et que le profil de la scolarisation a considérablement changé depuis grâce notamment à la réforme et aux mesures prises dans le cadre de la Charte, il est utile de signaler trois études nationales qui se sont intéressées au phénomène de l’abandon scolaire.

La première (1993) intéresse l’abandon au primaire rural tandis que les deux autres études (1997) portent sur le collège (urbain et rural).

La première étude réalisée sur «les déterminants de scolarisation en zones rurales au Maroc» a pu montrer que l’abandon avant la 4ème année du primaire est influencé par les facteurs comme:

- la présence du père qui réduit de près de 30% le risque qu’a une fille d’abandonner durant les 3 premières années du primaire par rapport à une fille dont le père est absent.

- le cours simple (par opposition au cours multiple) semble être un facteur qui réduit la probabilité d’abandonner de 9,1%.

- lorsque une cantine complète existe, le risque d’abandonner durant les premières 3 années du primaire se trouve réduit de 6% environ.

- par contre le fait de s’adonner à des activités économiques rémunérées augmente le risque d’abandon des garçons de près de 11,5% par rapport aux garçons qui ne font pas ce type d’activités.

L’enquête menée par la délégation de Tanger Assilah dans le cadre du programme Maroc-Unicef distingue entre deux types de causes: internes et externes.

1. Les causes intra scolaires :

- échec scolaire ;

- absentéisme répété;

- curriculum non adapté au contexte ;

- relations enseignant-élèves (inégalité/violence/exploitation…) ;

- manque de matériel pédagogique/ inadaptation de l’infrastructure ;

- démotivation / absentéisme des enseignants ;

- manque d’activités parascolaires et ludiques ;

- inadéquation du profil du chef d’établissement ;

- manque de formation initiale des chefs d’établissement ;

- inadaptation de la formation initiale des enseignants aux besoins de l’école et des élèves

2. Les causes extra scolaires :

- faiblesse du revenu familial (situation économique) ;

- problèmes familiaux (séparation des parents, divorce..) ;

- attitude négative des parents vis-à-vis de l’école ;

- état de santé de l’élève ;

- éloignement des écoles et des collèges;

- mariage précoce des filles ;

- mouvement des populations (flux migratoires) ;

- analphabétisme des parents.

Tous ces facteurs agissent et interagissent, avec plus ou moins de force, sur l’abandon scolaire. Mais les «grands» facteurs restent :

* Le manque d’infrastructures et des équipements de base: En 2001/02, 70,7% des établissements scolaires ruraux n’étaient pas équipés en latrines.

Tout le monde sait maintenant que l’absence de latrines favorise le désintérêt envers l’école et son abandon, en particulier par les filles. D’autre part, 60% de ces établissements n’ont pas accès direct à l’eau potable. Sans parler des «petites infirmeries» scolaires qui font défaut dans l’écrasante majorité des établissements scolaires ruraux, ce qui favorise les absences répétées en cas d’accident ou de malaise.

* Le comportement et les attitudes des enseignants: Il n’existe pas de données statistiques sur les cas d’abandons scolaires causés par le comportement de l’enseignant mais à travers les entretiens menés en milieux périurbain et rural, des parents se sont plaints du mauvais comportement des enseignants qu’ils trouvent non consciencieux et incapables de s’intégrer et de vivre en communauté comme tout le monde et ce malgré les efforts fournis par la population pour leur faciliter la vie matériellement et socialement (notamment en terme de logements construits tout près des écoles). Ce que les parents réclament en priorité, c’est avant tout leur disponibilité.

«Il est illogique que nos enfants se rendent à l’école et ne trouvent pas d’enseignants…non seulement ils n’apprennent rien mais n’étant pas surveillés, ils trouvent ainsi l’occasion de se battre entre eux …», a déclaré un père avancé dans l’âge.

L’absence (du corps et de l’esprit) d’un grand nombre d’enseignants en milieu rural durant tout le premier cycle de l’enseignement fondamental (le cumul de la non qualité) produit en fin de compte des élèves sans niveau acceptable, incapables de suivre en 7ème année. Cette incapacité de suivre normalement les cours et d’être au niveau des autres élèves provoque chez ces enfants une sorte de frustration qui les pousse à fuir, à s’absenter continuellement avant d’abandonner une fois pour toutes.

« Notre commune fait des efforts considérables pour scolariser nos enfants et les maintenir à l’école malgré la situation socio économique des familles. Le programme (Maroc-Unicef) nous a aidé et encouragé…mais nos enfants, une fois au collège, n’arrivent pas à suivre et se sentent obligés d’abandonner…la faute est aux instituteurs qui ne font pas leur travail comme il faut… », a déclaré, en connaissance de cause, le père d’un élève à Essaouira.

On peut ajouter comme autre facteur comportemental de l’enseignant, le châtiment corporel infligé aux enfants.

* La situation économique difficile des familles d’élèves est certes un facteur contraignant objectif à la scolarisation et à la rétention des enfants. La pauvreté revient tout le temps dans les discussions, les ateliers et les rencontres sur la scolarisation et l’abandon scolaire. Il est extrêmement difficile de convaincre les familles pauvres d’«accepter» de se passer des services d’une main d’oeuvre «gratuite» en envoyant leurs enfants à l’école et surtout en faisant en sorte qu’ils y restent le plus longtemps possible. Mais il y a des familles rurales pauvres qui, malgré tout, font beaucoup de sacrifices en scolarisant leurs enfants filles et garçons mais il suffit que l’école faille à ses engagements pour les déscolariser tous sans hésitation.

La notion d’« engagement » est assimilé aux attentes parentales de l’institution scolaire conformément à un «contrat moral» entre l’école et la famille. Assurer un enseignement de qualité aux enfants en respectant les programmes et la programmation des cours est l’un des engagements de l’école.

La compréhension du phénomène de l’abandon scolaire suppose un travail de proximité, de suivi et d’introspection sociale. On peut pratiquement dire qu’il y a autant de cause à l’abandon scolaire que de cas d’abandon.

Des stagiaires de l’Institut National de l’Action Sociale (INAS) ont étudié à 7 cas d’abandons scolaires de l’école Bir Chifa III située dans un quartier pauvre de Fahs Béni Makada et ont surtout démontré que les 7 abandons auraient pu être évités si de simples actions avaient été entreprises.

1er type de cas : La difficulté de suivre dans la classe…

Younès, 11 ans, niveau de 3ème année du primaire, est issu d’une famille nécessiteuse de 8 personnes. Il a dû quitter l’école à cause de son bas niveau.

2ème type: Une simple paire de lunettes de correction aurait suffit …

Mohammed Said, âgé de 10 ans, a un très bon niveau et, malgré cet avantage, il a dû quitter l’école en fin de 2ème année primaire à cause d’un problème visuel banal. L’inattention de ses enseignants et surtout le non suivi de Mohammed Said fait que ce dernier a préféré la solution «inadaptée» à «l’inadaptation» de son école.

3ème type: L’agression verbale…

Aicha, 13 ans a suivi ses études primaires jusqu’en 2ème année au cours de laquelle elle s’est sentie obligée de quitter à cause de ses camarades de classe qui ne cessaient de la harceler de sarcasmes rien que parce qu’elle était grande de taille. Il est décevant d’apprendre que ni la direction ni les enseignants n’ont pris le fait au sérieux et évité sûrement l’abandon d’Aicha. Lors de la visite rendue par les stagiaires de l’INAS à la famille d’Aicha, cette dernière a affirmé qu’elle plus tranquille en travaillant chez elle comme couturière qu’avec ses camarades de classe…

4ème type: Quand l’analphabétisme et la pauvreté se conjuguent...

Jamal 11 ans et Lamia 8 ans ont quitté très tôt l’école où ils poursuivaient leurs études respectivement en 2ème et en 1ère années. Les vraies raisons de leur abandon sont d’ordre familial. Le père de Jamal, confronté au dur labeur du ramassage d’ordures ménagères, oblige son fils à l’aider à vider et à nettoyer les poubelles du quartier. Bien entendu l’abandon de Jamal a été précédé d’absences répétées qu’on a pas cherché à expliquer ni tenté de solutionner.

Les facteurs les plus déterminants de l’abandon scolaire des filles rurales au niveau du collège

• L’équipement en eau potable :

Lorsque le ménage n’est pas équipé en eau potable, les enfants participent à l’approvisionnement en eau de puits ou de source, ce qui les contraint à parcourir de longs trajets avec tous les risques que cela comporte. Il est évident qu’un enfant qui s’adonne à cette corvée n’ira pas loin dans ses études; les chances de rétention dans ce cas diminuent de 13,3% par rapport aux élèves qui ne font pas ce type d’activité. Ces chances diminuent de 16,3% encore lorsque la fille, en plus de l’eau, approvisionne sa famille en bois.

• Le niveau d’instruction des parents :

Le niveau d’instruction de la mère est déterminant lorsqu’il s’agit de l’accès. Cet effet atteint 25%. Mais pour la rétention, c’est le niveau d’instruction du père qui a un effet déterminant. En effet, les chances d’être retenues au collège pour les filles dont le père a le niveau du secondaire dépassent de 37% celles des filles dont le père est analphabète. Cet écart s’agrandit encore lorsque le niveau d’instruction du père augmente.

• Le statut d’occupation de la terre :

Cette variable a un impact plutôt négatif sur la rétention des filles. En effet, lorsque le père est khamass (métayer qui reçoit, en contre partie de son travail, 1/5ème de la récolte), la fille a environ 44,5% moins de chance de continuer ses études au deuxième cycle de l’enseignement fondamental que sa camarade dont le père est propriétaire.

• La présence de la mère :

Cette variable s’avère un facteur fort important. La présence de la mère permet à la fille d’augmenter de 42,5% ses chances de poursuivre les études au collège comparativement à une fille dont la mère est absente (décès, séparation).

• Existence d’un internat :

L’internat en tant que structure socio-éducative est indiscutablement l’un des facteurs les plus déterminants dans la fréquentation et la rétention des élèves en milieu rural. L’existence d’un internat ou d’une «Dar Attalib/Attaliba» augmente non seulement les chances de rétention au collège mais aussi les chances d’inscription et de rétention au primaire. De ce fait, les internats comme les cantines scolaires constituent de véritable gisements de productivité.

Le phénomène de l’abandon scolaire au collège

Il existe des relations statistiques très fortes entre la probabilité d’abandonner et un certain nombre de variables telles que :

- la catégorie socio professionnelle du père ;

- le niveau d’instruction des parents ;

- l’activité rémunérée de l’élève ;

- le genre ;

- etc.

Conclusion

Le système d’enseignement au Maroc connaît certes des améliorations en matière d’accès et d’extension de l’offre vers les régions les plus inaccessibles mais il reste un système qui retient très peu sa «clientèle». Les statistiques scolaires montrent, en effet, que les taux d’abandon sont très élevés.

En effet, on compte que seuls 62% des élèves d’une même cohorte arrivent à la 6ème année du cycle primaire. Entre les années scolaires 2001-02 et 2002-03, le taux global d’abandon a accusé une augmentation passant de 5% à 6,21%. Cette hausse est encore plus marquée chez les filles (6,95 %) que chez les garçons (4,78%).

Au niveau global, les taux d’abandon ont accusé une réduction entre 1998/99 et 2001/02. Ce qui est frappant c’est que cet élan s’est renversé entre 2001/02 et 2002/03 puisque le taux global d’abandon.

Ces données statistiques inacceptables classent le Maroc au second rang des pays arabes après la Mauritanie et juste avant le Djibouti.

Le coût de l’abandon scolaire pèse lourd dans le budget de l’Etat et aussi les revenus des ménages.

Les calculs effectués sur les coûts cumulés montrent que les abandons qui ont eu lieu avant la 4ème année du primaire (niveau à partir duquel il y a risque de retourner à l’analphabétisme) se chiffrent à 231'715’700 Dhs.

Devant ce fléau social, le Maroc, en coopération avec l’Unicef, a mis en place un programme dénommé «programme de lutte contre l’abandon scolaire» couvrant sept délégations du pays. Le programme comprend un certain nombre d’activités variées et centrées sur l’élève et visant l’amélioration de l’environnement scolaire et la qualité de l’enseignement dispensé. Les résultats réalisés ont été positifs à l’exception du cas d’Al Haouz.

L’enseignement préscolaire a un effet positif sur la socialisation de l’enfant, son éveil, sa réussite scolaire au primaire et même post primaire et sur son espérance de vie scolaire. Investir dans le préscolaire, en terme de quantité et de qualité, est de nature à augmenter l’efficacité interne au primaire et plus particulièrement durant les quatre premières années de ce cycle. Pendant ce temps et durant tout le cycle primaire, il est nécessaire de mettre en pratique les actions préventives pour minimiser le risque d’abandonner les études.

Les actions menées à l’école primaire, aussi diversifiées soient elles, pourraient être peu efficaces si on n’agit pas au niveau des structures d’accueil post primaire. En effet tous que les élèves des niveaux 6 et 5 (et dans une moindre mesure ceux du niveau 4) courent un grand risque d’abandon dans deux situations : lorsque le collège est loin et ne dispose pas d’internats et quand ils accèdent au collège avec un niveau scolaire moyen ou bas qui ne leur permet point de suivre normalement leurs études collégiales.

Quels facteurs de réussite de telles actions ?

Les chances de réussite des projets de lutte contre l’abandon scolaire déclaré et de prévention de ce phénomène avant qu’il ait lieu sont plus grandes lorsque les facteurs suivants sont pris en compte :

- un nombre suffisant de partenaires impliqués ;

- la capacité et la possibilité de l’institution scolaire à identifier, très tôt, les élèves à risque et à réagir à temps ;

- les projets doivent être élaborés avec les acteurs locaux ;

- une intervention unique et isolée ne peut répondre aux besoins différenciés de l’ensemble des élèves;

- l’intervention doit s’inscrire dans une perspective à moyen et long terme;

- l’intervention doit correspondre aux situations particulières de chaque commune voire de chaque établissement scolaire ;

- un programme de prévention consiste en un travail d’équipe entre la direction, les enseignants et les élèves, les parents et les organismes de la communauté (le monde du travail et les organismes communautaires, de santé et de services sociaux);

- la participation des parents est essentielle à la réussite d’un programme.

À terme, il faut faire en sorte que chaque école se sente partie prenante et se donne un projet collectif mobilisateur et dynamique, non seulement pour le personnel, les élèves et les parents, mais aussi pour la communauté tout entière.

Ce plan devrait notamment prévoir la mise en place de mesures préventives, de dépistage et d'intervention précoce systématiques et continues, car ces mesures sont souvent occultées aux dépens de celles, plus «concrètes» et à court terme, visant directement les élèves qui abandonnent l’école.

Une démarche axée prioritairement sur le vécu des élèves et leur situation familiale et leur permettant de prendre la parole, de s’exprimer librement, de se sentir valorisés par les enseignants, les directeurs et les élèves, constitue un gage de succès.

CT

  Source des informations: Adaptation du texte « Pour une stratégie nationale de lutte contre l’abandon scolaire : Evaluation des activités du programme gouvernement du Maroc – Unicef », B. Chedati, novembre 2004, Ministère de l’Education Nationale et Unicef.