Aubade à Tislit

 

 

Je suis Anzar, le ténébreux, le dieu fécond,

Et sur la terre, je sème mes faveurs et mes dons!

 Je brandis avec fureur mon sceptre d'éclairs

Quand je fais rugir les tambours de ma colère!

*

Je suis le maître du feu, le dieu des trombes,

Et sans ma grâce le monde serait une tombe.

J'ordonne les saisons, j'annonce les moissons,


Je donne la rosée pure, je déchaîne la mousson!

*
Les plaines sont mon jardin que je pare de beauté

Et aux champs des Hommes j'accorde mes bontés.

Toute vie sur terre m'exalte de gratitude,

Languit de mon absence, réclame ma promptitude!

*
Les rivières chantent de joie quand je les inonde,

Les montagnes tremblent d'émoi lorsque je gronde,

Toutes les créatures me craignent et me vénèrent

Mais sans toi... Ô Tislit! Comme je désespère!

*
Que serait ma force sans ta délicatesse?

Vaines sont mes nuées sans ta douce promesse!

Tu réjouis les vivants et tu les rassures,

Par tes courbes gracieuses, tu apaises la nature!

*

Tislit! Sans ta grâce, je ne serai qu'un tyran:

Un dieu sans coeur, sans génie ni rêves charmants!

Je traînerais mes nuages dans le firmament

Pour toujours condamné à rugir mon tourment!

*
L'ennui serait mon royaume de glace et de pluies,

Un enfer morne et froid, sans désirs exquis!

Tu rehausses ma pâleur de ton splendide éclat

Tu charmes mes fureurs par ton rire délicat.

*
Tu enchantes mon front grave de tes rubans dorés

Ta robe de perles et de rosée quand tu parais

 Légère et frivole, toute épanouie de bonheur

 Chassant mes langueurs et éveillant ma ferveur!

*

Bénie sois-tu, Tislit, mon unique bien aimée,

Mon amour, je te suis fidèle à tout jamais.  

Qu'importe si les tiens oublient notre serment?

Pour toi je bénis ton pays éternellement.

*

Qu'importe s'ils se tournent vers d'autres dieux,

Qu'ils oublient leur innocence, leurs jours heureux?

Qu'importe si leurs âmes deviennent stériles et arides,

Qu'ils trahissent leurs aïeux pour des maîtres perfides?

*

Seuls tes enfants fervents chanteront ta gloire,

 Célébrant ton nom, ils garderont la Mémoire

De leur terre qui fut belle et prospère autrefois,

De leur liberté native de peuple-roi !

*

Aimons-nous, Tislit, tant que dure notre amour,

Oublions ce peuple moribond pour toujours,

Malheur aux races sans légendes, promises à l’oubli

Le Néant les engloutit dans la fosse des maudits !

***

Anzar, dieu de la pluie, entouré des Saisons

 

Auteur du texte et de l'illustration: Atanane

Source: 20six.fr/atanane/art/1363729/Legendes_berb_res.