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Un rite d’obtention de la pluie:
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| rapporté par Henri GENEVOIS. | ||
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La légende explicative du rite « Il était jadis un personnage du nom d’Anzar. C’était le Maître de la
pluie. Il désirait épouser une jeune fille d’une merveilleuse beauté :la
lune brille dans le ciel, ainsi elle brillait elle-même sur la terre. Son
visage était resplendissant, son vêtement était de soie chatoyante.
Un jour, il finit par lui dire : Tel l’éclair j’ai fendu l’immensité du ciel, ô Toi, Étoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien sinon je te priverai de cette eau. Almi d yiwen wass yenna yas: Aql i gezmegh d igenwan,
Je t’en supplie, Maître des eaux, au front couronné de corail. (Je le sais) nous sommes faits l’un pour l’autre… mais je redoute le « qu’en dira-t-on »… Terra yas teqcict : Txil k, ay Agellid n waman,
Ô Anzar, ô Anzar ! Ô Toi, floraison des prairies ! Laisse à nouveau couler la rivière, et viens prendre ta revanche. Dgha yekker fellas Ugellid nni n waman, yebrem
taxatemt tetturegh. Dghayeqqel wasif nni d agherghar ; Agellid ighab.
Taqcict tughwas, rrûh isd aman : tetru, tetru. Temmegh tekkes
talaba nni n lêhrir, teqqimttaàarit. Tessawal ar
igenni :Ay Anzâr, ay Anzâr,
Dgha cwît kan akka twala ifettîwej d ameqqran, yeqql Ugellid nni nlehwa. Iger taqcict nni g iri is. Asif nni yeqqel akken yella ; tzegzewak tmurt.
Le rite lui-même « À l’époque où se durcit la terre, et que se
présente ce que l’on nomme « sécheresse », les vieilles se réunissent pour
fixer le jour où elles célébreront Anzar.
Ata yebbdêd lweqt nni, ad ffghnt tlawin g tmeqqrant alamma ttamêzyant ; ad rnun igerdan, ad tteddun tghennin :
Ô Roi, fais cesser la sécheresse, et que le blé mûrisse sur la montagne comme aussi dans la plaine…
La matrone du village, femme aimée de tous et de conduite irréprochable,
devait procéder elle-même à la toilette de « la fiancée d’Anzar ». Ce
faisant, elle ne devait pas pleurer, sinon on aurait pu penser qu’elle ne
donnait pas de bon cœur à Anzar sa fiancée. Elle remet à la jeune fille une
cuillère à pot (aghenja) sans aucun ornement qu’elle tiendra à la main. Puis
la matrone charge « la fiancée d’Anzar » sur son dos. Celle-ci, la louche en main, ne cesse de redire : Neftat, aghenja deg-fus-is, atteqqar : Ô Anzar, la louche est sèche,
ighab uzegzaw. Amghar yekna, Isawl as d uzêkka. Taàbbût tuqqur aya, ulac dakira. Tislit ghur k teàna, ay Anzâr, imi k tebgha.
Anzar ! Anzar ! Anzâr ! Anzâr ! ay Agellid, rêz d aghurar, A ttebb nneàma n wedrar, A tternu tin uzaghar… Sur le trajet de la procession, on offre semoule, viande fraîche ou
séchée, graisse, oignons, sel… Et les familles ainsi visitées jettent de
l’eau sur les têtes, s’efforçant surtout d’atteindre la fiancée que le
cortège emmène avec lui.
Après quoi, la matrone enlève ses habits à la fiancée et la laisse nue comme au jour de sa naissance. La jeune fille s’enveloppe d’un filet à fourrage et ceci signifie qu’il n’y a plus ni verdure ni rien de ce que produit la terre; bref, que les gens en sont réduits à manger de l’herbe. Puis elle fait sept fois le tour du sanctuaire, tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l’eau. Tout en tournant, elle répète: Sinnattusawent lqibla a ttettêf tislit nni, as tekkes àaryan akkn ttidntejjayemmas. A ttels tajemmaàt ; zeàma ifukk lwerq, ifukk wayn id ttajjalqaàa, dgha teqqel teswiàt almi terra imdanen ar tjemmaàt. Ad ttezziteslit nni sebàa tikal i jameà ; a ttettêf aghenja nni g fus is,aqerruy nni ad yezwir ar zdat is am akkn ara têdleb aman, a tteqqar :
Quand la jeune fille ainsi offerte à Anzar a terminé sa giration autour
de la mosquée ou du sanctuaire, elle dit : Je regarde la terre: la face en est dure et
sèche. Pas une goutte d’eau dans le ruisseau.
L’arbrisseau des vergers s’étiole. Anzar, viens à
notre secours, tu ne peux nous abandonner, ô
Noble. J’entends le gémissement de la terre pareil
à celui du prisonnier plein d’ennui. Pas une
goutte ne suinte des outres, le limon est rempli
de crevasses. Je me plie à ta volonté ô Anzar, car
devant toi je ne suis rien. L’étang se vide et s’évapore,
il devient le tombeau des poissons. Le berger reste tout triste
maintenant que l’herbe est flétrie. Le filet à fourrage est vide, il a
faim…il m’étreint comme ferait une hydre. Après quoi, les femmes réunies dans le
sanctuaire entonnent le chant que voici: Ô Anzar au cœur généreux,
le fleuve n’est plus que sable desséché. La
clef, c’est toi qui la possèdes, de grâce, libère
la source. La terre agonise,
injecte son sang jusqu’en ses racines. Ô Roi, ô
Anzar, notre Mère la terre est sans force.
Elle patiente, elle compte sur toi, comme elle a
accepté de toi le manque de nourriture. Remplis la
rivière de ta sueur et la vie triomphera de la mort.
ÔAnzar, ô puissant, Toi qui donnes la vie
aux hommes, délivre-les de leurs liens,
Toi le remède des blessures. La terre
attend, livrée comme une jument, toute à la joie
de ta venue. Ô Anzar, fils du (ou de) géant,
Toi qui vis parmi les étoiles. Notre
gratitude te sera acquise évidemment si tu nous
donnes de l’eau. Ô Anzar, ô Roi,
Toi dont le charme est sans égal, tu as
épousé une jeune fille, perle précieuse, à la
chevelure souple et lisse. La voici, donne-lui des
ailes, et foncez vers le ciel : allez!
À cause d’elle, parée de fine étoffe, tu
peux dire aux assoiffés : buvez ! Cependant, quelques jeunes filles en âge d’être mariées, s’assemblent
auprès de la fiancée toujours nue, pour le jeu dit "zerzari"
qui se pratique avec une balle de liège. Elles se groupent dans un endroit
plat, non loin de la mosquée ou du sanctuaire. Munies chacune d’un bâton,
elles se disputent la balle, jusqu’à ce que cette balle tombe dans le trou
préparé pour la recevoir. Pendant ce temps là fiancée répète: La terre et
moi, nous sommes co-épouses, nous avons épousé un
homme sans l’avoir vu. Nous ne sommes ni infirmes, ni stériles,
mais la clef est bloquée dans la serrure. Nos seins ne donnent pas de
lait: comment du reste
le pourraient-ils ? Lorsque la balle a pénétré dans le trou, elle dit : Je tends la main
devant moi, je ne trouve que le vide.
Ma main cherche derrière moi, et ne trouve
que moi-même. Rien ne me retient que moi-même…ô
Anzar, ô Roi très bon, ma vie m’est précieuse…mais
s’il la veut qu’il la prenne ! Les jeunes filles qui ont pris part au jeu avec elle, répondent: Nous
avons atteint notre but:
la balle est à sa place.Le Roi est descendu sur la terre :la fiancée s’est
soumise et l’a accepté.Ô Roi, donne-nous de la pluie,tu le vois, notre terre
est assoiffée.Alors elle nous donnera bonne récolte,comme vous-même avez
donné progéniture. La balle est enterrée dans le trou creusé pour elle avant le jeu. Toutes les femmes regagnent le village avant le coucher du soleil. On peut être assuré que peu de jours après la célébration d’Anzar, la pluie se met à tomber. Mais de nos jours, ce n’est plus une vraie mariée, parce qu’un chef l’a refusé autrefois : il a en effet refusé qu’une jeune fille se retrouve nue au cours du rite. Depuis on pare une louche que l’on appelle « la fiancée d’Anzar ».
À l’époque où les familles des At-Qasi et des At-Djennad se battaient
contre les Turcs, les Marabouts mirent fin à l’ancienne procession (telle
qu’elle vient d’être décrite). Ainsi nous l’ont racontée nos aïeules. Malgré
cela, certains villages continuèrent la procession "ancienne
manière"; d’autres la cessèrent immédiatement par
peur de la malédiction des Marabouts. Dans ce dernier cas,
ils se contentent de transporter processionnellement la seule cuiller à pot,
magnifiquement ornée au préalable comme une fiancée. Le rituel est à peu
près le même, hormis bien sûr la dénudation qui n’est pas nécessaire. Le
repas terminé, ce sont les jeunes filles qui se livrent au jeu de
"zerzari".
La célébration terminée, la louche sera reprise par son propriétaire
qui la mettra de côté pour une prochaine célébration ».
Source du texte: in Actes du deuxième congrès international d’étude des cultures de la méditerranée occidentale. II.Sned, Alger, 1978, pp. 393-401. Publié dans: Aurès Culture Traditions et Légendes, 14 novembre 2007. http://auresiennekahina.wordpress.com/2007/11/14/un-rite-d%e2%80%99obtention-de-la-pluie-%c2%ab-la-fiancee-d%e2%80%99anzar/ |