La situation des zones rurales au Maroc

 

Observations et actions de l'Unicef

 

Introduction

Les disparités entre milieu urbain et rural comptent parmi les principales contraintes du développement au Maroc. Selon la Carte de la pauvreté, 22% de la population rurale vit au-dessous du seuil de pauvreté. Les enfants sont les plus touchés par le retard du monde rural tant au niveau de la santé que de l’éducation et de l’épanouissement personnel.

Pour faire face à cette problématique, le programme de coopération Maroc-UNICEF préconise d’impliquer les populations et les acteurs locaux dans l’identification des priorités et des solutions à mettre en œuvre. Inspirées de ce principe, les expériences pilotes menées à l’échelle de douars ont été concluantes: des centaines de villages situés dans les zones rurales les plus défavorisées ont vu leur vie changer du tout au tout : l’accès à l’eau potable a été généralisé, la quasi-totalité des enfants ont été vaccinés et inscrits à l’école, y compris les petites filles.

Pour en savoir plus sur l'école en milieu rural et les actions de l'Unicef dans ce domaine, cliquez ici.

Ces expériences ont été capitalisées dans les quatre provinces de Zagora, Ouarzazate, Al Haouz et Essaouira, dans le cadre de Plans de développement communal en faveur de l’enfant (PDCE).

La mise en place d’un système d’information communal (SIC), en appui au diagnostic et à la planification participative ciblant l’enfant et la femme, a permis de développer un modèle de gouvernance décentralisé efficace contre la pauvreté rurale.

Ce modèle est renforcé par la création de services communautaires adaptés aux spécificités rurales:

- «Dar Al Oumouma» (maisons d’attente pour les femmes enceintes et accouchées) ;

- mutuelle communautaire permettant un meilleur accès des plus pauvres aux médicaments essentiels ;

- plan de mobilisation sociale en faveur d’une éducation de qualité, de la scolarisation des petites filles et de la lutte contre l’abandon scolaire ;

- création d’unités d’enseignement préscolaire.

Le modèle PDCE a été adopté par l’Initiative nationale de développement humain (INDH) pour contribuer à la lutte contre la pauvreté à l’échelle nationale.

Etat des lieux

L’intégration des enfants et des femmes du monde rural au processus de développement durable reste l’un des défis majeurs que doit relever le Maroc. En effet, la situation de ces enfants et de ces femmes se caractérise par de graves déficits dans de nombreux domaines.

Le monde rural est le premier à souffrir de la pauvreté, qui atteint 22% des familles rurales contre 7,9% des familles urbaines et périurbaines, selon le Haut Commissariat au Plan (2004). Le taux de pauvreté est même supérieur à 30% dans plus du quart des communes rurales et dépasse 40% dans une centaine d’entre elles. La plupart des communes pauvres se concentrent dans les régions de Marrakech-Tensift-Al Haouz, Souss-Massa-Draa, Meknès-Tafilalet, l’Oriental, le Gharb-Chrarda-Beni Hssen, Tadla-Azilal et Fès-Boulemane.

Sur le plan de la santé, les femmes rurales enregistrent un taux de mortalité maternelle de 267 pour 100'000 naissances vivantes, contre 187 pour 100'000 en milieu urbain, selon le Ministère de la Santé.

Les soins prénatals, qui se résument souvent à une seule visite médicale au cours de la grossesse (au lieu des trois recommandées), ne concernent que 48% des femmes rurales, contre 89% des citadines. Lorsqu’elles accouchent, seules 38% des femmes rurales sont assistées par un personnel formé, contre 83% en milieu urbain.

Etroitement liée à l’état de santé de la mère, la mortalité néonatale (enfants de moins de 28 jours), est dramatiquement élevée : 33‰ en milieu rural, contre 24‰ en milieu urbain. De même, la mortalité infantile (enfants de moins d’un an) atteint 55‰ en milieu rural, alors qu’elle se limite à 33‰ en milieu urbain. De plus, 16% des enfants ruraux de 12 à 23 mois n’ont pas achevé leur vaccination et plus de 11% des enfants ruraux souffrent de malnutrition aiguë.

Ces indicateurs de santé alarmants s’expliquent en partie par l’accès limité des populations rurales aux infrastructures de santé publique, notamment à cause de facteurs socioéconomiques (pauvreté, manque d’instruction, défiance à l’égard des services publics, etc.) et géographiques. Près d’un tiers (31%) des familles rurales vivent à plus de dix kilomètres d’un service de santé de base et 35% d’entre elles souffrent d’un enclavement saisonnier.

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Au total, la proportion de la population qui ne peut pas recourir aux soins s’élève à 44% en milieu rural, contre 28,6% en milieu urbain, selon le ministère de la Santé.

Par ailleurs, la morbidité des enfants reste importante en milieu rural, notamment du fait des mauvaises conditions sanitaires. Bien que l’accès à l’eau potable ait connu un bond en avant au cours des dernières années, de nombreux ménages en restent privés. Et en matière d’assainissement, le monde rural accuse un important retard: moins de 1% des ménages ruraux sont raccordés à un réseau d’égouts contre 70% en milieu urbain.

Sur le plan de l’éducation, la situation du monde rural est également très défavorisée si on la compare à celle des zones urbaines. En 2005-2006, le taux d’inscription des enfants de quatre et cinq ans dans le préscolaire ne dépassait pas 35% alors que la moyenne nationale s’élevait à 60%. La même année, le taux net de scolarisation des filles dans le primaire (6-11 ans) s’élevait à 87,1% en milieu rural, contre 92,9% en milieu urbain.

Au collège, le taux net de scolarisation des enfants de 12 à 14 ans se limitait à 53,9% en milieu rural alors qu’il atteignait 91% en milieu urbain. Pour les filles, l’écart était encore plus marqué: une fille rurale avait deux fois moins de chances qu’une fille urbaine d’accéder au collège.

Au total, plus des trois quarts des enfants de 9 à 14 ans qui ne vont pas à l’école sont issus du milieu rural. La majorité sont des filles.

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Programme de Lutte contre la vulnérabilité des enfants en milieu rural

L'Initiative nationale pour le développement humain (INDH) a été lancée le18 mai 2005 et vise à réduire la pauvreté, la vulnérabilité, la précarité et l’exclusion sociale ainsi qu'à instaurer une dynamique pérenne visant le bien-être de l’ensemble de la population. L’INDH se base sur un processus participatif pour l’élaboration de plans locaux de développement humain. Entre 2006 et 2010, elle met en œuvre quatre grands programmes, dont le programme de lutte contre la pauvreté rurale dans les 403 communes rurales les plus pauvres.

 

  Source: www.unicef.org/morocco